Mercredi 2 janvier 2008
On parle fréquement, à propos du journalisme, de
quatrième pouvoir, qui viendrait s'ajouter aux trois autres pouvoirs bien connus depuis Montesquieu, à savoir le législatif, l'executif et le judiciaire. C'est un thème galvaudé, maintes
fois rebattu, sans cesse discuté. Pourtant, j'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience concrète tout récemment, dans le cadre du stage hivernal que j'effectue ces jours-ci...J'ai écrit il y a quelques jours un article sur la situation politique d'une petite bourgade d'Île de France à trois mois des municipales. Je me suis penché sur l'agglomération en question car depuis un an et des élections partielles qui ont renouvelé le conseil municipal de la ville, la situation est complétement bloquée. En effet, l'opposition au maire est devenue majoritaire, et l'entente entre l'édile et ses élus est loin d'être au beau fixe. Le maire refuse de composer avec eux, en retour ils refusent de voter la plupart des budgets réclamés par le maire, du coup un comité de soutien au maire s'est monté, bref : ambiance Clochemerle...
Pour les besoins de l'article, j'ai contacté par téléphone un certain nombre d'interlocuteurs, et notamment M. le maire. Dans la salle de rédaction, on m'avait prévenu : "Tu vas voir, c'est une mauvaise tête." "Oh, lui... il est autoritaire comme pas permis" et je passe sur d'autres descriptions peu amènes du personnage. Et j'ai effectivement été servi au début de notre entretien téléphonique. "Ah, vous travaillez pour ce journal ? Eh bien je voudrais vous dire avant tout que j'en ai marre de vos articles mensongers à mon encontre, de vos calomnies, que vous ne savez pas faire votre métier...". Mon interlocuteur m'a bien aggressé une minute de la sorte. Quand j'ai pu en placer une, je lui ai expliqué que je n'avais pour l'instant jamais écrit sur lui, que je n'étais pas comptable de ce qui avait été écrit avant (dont je doute serieusement que ç'ait pu être partial en sa défaveur) et que de toutes façons je n'étais pas du département. Puis, sans trop y croire, j'ajoutai : "Bon, vous voulez bien répondre à mes questions ou pas ?". "Si je ne réponds pas de toutes façons, vous allez mettre "M. le maire a refusé de répondre à nos questions" ?". J'ai eu le temps de bredouiller un "Oui, évidemment, puisque ce sera la vérité". Et il a répondu à mes questions...
C'est pas grand chose, mais c'est vraiment la première fois que je réalise vraiment, par l'expérience, que oui, le journaliste a bien du pouvoir et qu'il est de son devoir de s'en servir. C'est parce que M. le maire a eu la pression de la petite phrase assassine qu'il a citée qu'il s'est prêté à l'entretien que je sollicitais. Les journalistes ont du pouvoir. Bordel, j'ai du pouvoir.
Cette épiphanie ne se suffit cependant pas à elle-même et il
convient de ne pas sombrer dans la béatitude ou l'arrogance. Il me semble que deux contrepoints méritent particulièrement d'être soulevés, pas bien originaux non plus par ailleurs. Premièrement :
avec ce pouvoir viennent des responsabilités particulières. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il a le pouvoir de détruire beaucoup de choses, il doit faire particulièrement attention.
C'est une règle de base de la déontologie, je ne développe pas. Deuxièmement, plus intéressant : avec ce pouvoir viennent les emmerdes. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il détient un
pouvoir, d'autres acteurs -détenteurs ou aspirant à détenir un pouvoir- vont chercher à le lui ravir, ou du moins à le diminuer. L'histoire de la censure est aussi longue que celle de la presse,
et Reporters Sans Frontières ne cesse de rappeller, avec son baromètre annuel, que la situation des journalistes dans le monde n'est
pas toujours joyeuse : de l'emprisonnement à l'assassinat en passant par l'enlèvement. Et n'allons pas croire que tout va pour le mieux dans nos contrées pacifiées : les méthodes sont moins
violentes, mais la volonté de contrôle est bien la même.
par Louis
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A propos de journalisme
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accroché à la pancarte. Roselyne, dans son
coin, déployait une fois de plus une explication imparable. « 2007 a beau avoir été 2007, on sait à quoi s’en tenir. Alors que 2008, on n’en sait rien, ça
peut être pire ! ». Et au fond, ça le serait, elle le savait, malgré l’enthousiasme de son amie numérologue qui calcula rapidement que 2 + 8 = 10, donc 2008 = année 1, retour aux fondamentaux,
mieux qu’année 0…
Le week-end dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'exposition temporaire "Allemagne, les années noires", qui se tient actuellement et jusqu'au 4 février prochain au musée Maillol, à
Paris. Présentant essentiellement des gravures et des dessins, l'expostion se propose d'evoquer les périodes troubles de la Première Guerre Mondiale et de la République de Weimar à travers le
regard d'artistes tels qu'Otto Dix, George Grosz ou Max Beckmann. On n'en ressort, évidemment, pas indemne.
Au milieu de la salle, quelques affiches de propagande de l'époque, bien entendu lisses et héroïques,
offrent un contraste qui donne encore plus de vigueur aux oeuvres présentées. En bout de salle, on passe de la guerre à la ville, dont sont offertes quelques représentations torturées : la ville
est un espace de conflit, de promiscuité, d'oppression, d'avilissement. Le style est similaire à celui utilisé pour évoquer la guerre, et l'on comprend d'ores et déjà l'importance que prend
l'expérience du conflit dans la vision des artistes allemands d'après-guerre, avec en germe l'expressionisme.
Des rues agitées enfin, où se montent des coups d'état à n'en plus finir, où les milices
et les orateurs de brasserie tiennent le haut du pavé. Grosz s'engage au KPD (parti communiste allemand) et livre des oeuvres plus engagées, notamment une série d'illustrations actualisées -avec
capitalistes oppresseurs sur fond d'usines de brique- des Brigands de Schiller. Et tout comme je m'étais souvenu, dans la première salle, d'une exposition consacré à Dix que j'avais vue il y a
près de dix ans à la fondation Maeght, je me suis remémoré la très bonne exposition du musée d'art moderne de Strasbourg d'il y a deux ans, dédiée à John Heartfield, un des pères du photomontage
et qui a notamment réalisé au début des années 30 les couvertures d'AIZ, le journal du KPD. Le même style d'avant-garde, la même révolte, la même ingéniosité.
Julien Gracq n’est plus. Décédé à l’hôpital d’Angers. C’est
triste. Il aurait dû mourir chez lui, à
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