La thérapie par la beauté à Casablanca

Publié le par Ecole de Journalisme de Sciences Po

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Un samedi après-midi du mois d’octobre, une femme arrive au salon de beauté du quartier de Mers Sultan, à Casablanca. Les cheveux blonds décolorés et la mine sombre. Dodue, mal fagotée, enveloppée dans une djellaba kaki, elle cache mal son mal être, on se dit qu’aucune des employée du salon ne peut rien pour elle.

 

Savitri, la patronne indienne du salon, la confie à un de ses coiffeurs. Le regard de la cliente en dit long sur ses espoirs. Le sort de ses cheveux est désormais entre ses mains…Shampoing, soin, brushing au programme…

 

Pendant ce temps, Savitri s’affaire et motive ses troupes. Drapée d’un sari rose et orange, Savitri, restée très coquette, parle un marocain et un français parfait. Une maîtrise des langues qui la rend encore plus charismatique. Tour à tour reine de la ruche et chef d’orchestre, elle donne le la dans le salon. Les « Fatiiiima ! » qu’elle lance à tout va pour que son employée lui apporte un crayon noir, une barette ou une pince à sourcil rythment la vie du salon. La Fatima en question s’exécute avec un air qui trahit à la fois beaucoup de respect mais aussi une certaine peur de sa patronne.

 

Savitri qui dirige ses employés avec fermeté et bienveillance confie qu’il n’est pas toujours facile de travailler avec des Marocaines, souvent lentes et derrière lesquelles il faut toujours être. Mais pour rien au monde Savitri ne quitterait le Royaume. Cette ancienne employée de L’Oréal qui a vécu tour à tout en Espagne, en France et en Inde a élu domicile depuis plus de 50 ans au Maroc où elle a fait un mariage d’amour. Ni la lenteur de ses employées, ni les tracasseries administratives, ni le retard terrible que prennent les travaux de rénovation de son salon n’ont réussi à lui faire baisser les bras. Savitri se fait une raison : « être une femme, immigrée et qui travaille au Maroc, pas facile tous les jours »…

 

Au Sonibel’s center, pas d’horloge, pas de carnet de rendez-vous, pas de téléphone qui hurle. Pas de publicité pour un ultime produit miracle au mur. On attend son tour, ou pas. Et personne ne bronche. On est là pour prendre son temps… Savitri suspend le temps et nous propulse des années en arrière en nous relatant les débuts et les moments de gloire de sa carrière. La « petite Indienne », comme elle aime appeler la jeune fille qu’elle fut, a fait parler d’elle jusqu’à recevoir un jour un appel du Palais royal l’exhortant à venir transformer, de ses mains magiques, une des filles de Hassan II. Consécration suprême pour Savitri, la princesse souvent dédaigneuse vis-à-vis des esthéticiennes, coiffeuses et maquilleuse, reconnut son art et l’adopta.

 

La femme aux cheveux ternes du début interrompt les souvenirs de l’Indienne marocaine. Elle est transformée. Aussi bien psychologiquement que physiquement… Sa nouvelle coupe et la souplesse retrouvée de sa chevelure font d’elle une nouvelle femme. Son visage affiche un sourire radieux, ses yeux brillent du bonheur retrouvé et inestimable de se trouver belle. Elle tient à remercier Savitri. Elle lui déverse un flot de compliments ininterrompu avec un accent qui rappelle étrangement celui de Gad Al Maleh… Sa joie est contagieuse… La thérapie par la beauté, on adhère complètement !

 

 

Sonibel’ Center

23 rue Houdoud

Casablanca

Tel : 022 49 18 98

Mail : Sonibel27@yahoo.fr


Marie et Amira.

Publié dans Maroc

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