Portrait : Seybah Dagoma, tête de liste de Delanoë dans le 1er

Publié le par Ivan


(photo parue dans le JDD du 4/11/07 et mise en ligne le 6/11/07 - Raymond Delalande/JDD)

 

Une avocate noire de 29 ans se présente aux militants de la section socialiste du 1er arrondissement, le mercredi 3 octobre. Elle n’y connaît personne, mais veut être élue tête de liste pour les élections municipales dans quinze jours. Face à elle, troix rivaux : Alain Le Garrec, 61 ans, conseiller de Paris depuis 12 ans; Aurélien Chevallier, 35 ans, ancien secrétaire de la section pendant 10 ans; et Françoise Fabre, 59 ans, trésorière. Seybah Dagoma les battra tous.

 

Elle est ambitieuse, et bien que « personne ne la connaisse » elle n’a pas peur de demander à Le Garrec de se désister: « Je lui ai proposé d’être mon second. Il me paraissait important d’associer nos forces : la considérable expérience de terrain d’Alain et ma motivation. Alain a donc décidé de me soutenir. » Le candidat « naturel » de la section admet avoir eu « un déclic négatif » quand Patrick Bloche, le premier secrétaire de la fédération de Paris et directeur de campagne de Bertrand Delanoë, lui parle de faire équipe avec elle. Mais il finit par accepter, officiellement séduit par sa personnalité. « Elle est très bien organisée dans sa tête. Elle sait écouter, elle prend le temps de parler aux gens. Surtout, elle a une grande envie d’apprendre. » A sa manière, Françoise Fabre, la trésorière historique de la section, confirme ce trait de caractère : « Elle a les dents qui déchiquettent le parquet, mais elle est loin d’être sotte; elle apprend vite !» Tout le monde comprend aussi que la jeunesse de Dagoma est un atout pour tenter de gagner – enfin – le 1er arrondissement, le plus petit de Paris, où l’élection de 2001 s’est jouée à 285 voix.

 

L’expérience militante de Seybah Dagoma est pourtant limitée. Née en 1978 à Nantes de parents tchadiens, sa famille s’installe à Sarcelles lorsqu’elle a cinq ans. A quinze ans, elle participe à une association de soutien scolaire pour les enfants issus de l’immigration noire africaine, France Espoir. Lors des élections municipales de 1995, elle commence à « militer sans carte » au Parti Socialiste. Sarcelles est la ville de Dominique Strauss-Kahn, conseiller municipal depuis 1989, dont elle se rapproche alors. L’adhésion au PS a finalement lieu en 2005, dans le 3ème arrondissement, quand elle déménage à Paris. « Elle n’était pas très militante de terrain, de base. On ne la voyait pas toutes les semaines, mais quand elle venait aux réunions elle participait activement aux réflexions théoriques, surtout sur la vie économique » se souvient Flora Bolter, la secrétaire de section du 3ème.

 

A Paris, Dagoma ne quitte pas les réseaux strauss-kahniens et s’implique dans A Gauche en Europe, le think-tank de Strauss-Kahn. En 2006, elle est l’un des deux animateurs du groupe de travail sur l’aide au développement, présidé par Michel Rocard. En 2007, elle contribue au forum national de la rénovation « Les Socialistes et le marché » sur le thème des fonds d’investissement, dont elle est spécialiste. Diplômée en droit de la Sorbonne, titulaire d’un DEA en droit des affaires et de l’économie, elle poursuit actuellement et depuis janvier 2007 une thèse sur la restructuration des dettes de société à la Sorbonne. Entre son DEA et sa thèse, elle a travaillé dans le cabinet d’avocats d’affaires Cleary Gottlieb. «La ville de Paris pourrait mettre à profit ses compétences » estime Le Garrec.

 

Jeune, noire, un CV sans faute : Dagoma symbolise le renouvellement, mais comment expliquer que les militants aient élu cette inconnue totale ? Pour Aurélien Chevallier, un des perdants de l’investiture, Seybah Dagoma « est là pour compléter le dispositif parisien de Bertrand Delanoë. » Traduire : le Maire de Paris veut que ses vingt têtes de listes soient à parité hommes-femmes et représentent la diversité du parti. Un militant local approuve : « Ça va bien de parler de diversité, mais à un moment il faut que ça se concrétise. »

 

Delanoë met donc tout son poids pour faire pencher les militants vers son « ticket gagnant » : le 8 octobre à son premier meeting à la Mutualité, il rencontre Dagoma - pour la première fois - et insiste pour que Le Garrec lui laisse sa place. Le 11 octobre, sept jours avant le vote, il lui écrit une lettre de soutien qui sera diffusée aux militants : « ta désignation représente un signe de renouvellement, de féminisation et d’attention à la diversité de nos candidats, ce qui est, nous en convenons tous, un enjeu majeur que nous ne pouvons plus négliger. » Le 14, il se déplace sur le marché de la rue Montmartre, tient Dagoma par la manche et demande explicitement aux militants de la « désigner ». Et le 15, il envoie Patrick Bloche en service commandé à l’assemblée générale de la section, où les candidats à l’investiture doivent débattre devant les militants.

 

Dagoma y est mal à l’aise dans la position de « parachutée. » Surtout que les militants, en votant pour elle, votent en réalité pour Le Garrec. C’est l’arrangement suggéré par Bloche : en cas de victoire, Le Garrec pourrait prendre la mairie d’arrondissement, tandis que Dagoma serait appelée par Delanoë pour devenir son adjointe, un poste incompatible avec celui de maire du 1er. « J’ai dit aux militants qui me demandaient qui serait maire que je ne pouvais pas m’engager sur quelque chose que je ne pouvais pas faire respecter (…) En tout état de cause, je me présente pour être maire, et je m’engage à ce que Le Garrec soit mon numéro deux. » Mais Le Garrec lui-même n’exclut pas qu’un tel arrangement puisse envoyer Dagoma auprès de Delanoë: « Elle n’aurait pas été élue si j’avais maintenu ma candidature; les militants ont en réalité voté pour moi. Tout le monde – y compris elle – le sait. Quant à la question de savoir qui sera maire, pour l’instant c’est elle, mais évidemment elle peut être appelée à d’autres fonctions. On ne sait pas ce qui peut se passer.»

 

Qu’importe, Dagoma évoque quelques idées centrales de son projet pour le 1er: engager une réflexion sur la création de crèches d’entreprises, et développer l’offre de « logements à prix abordables. » Avant de définir plus précisément son programme, elle a l’intention d’organiser des discussions « participatives » avec les habitants du 1er.

 

Le 18 octobre, Seybah Dagoma remporte l’investiture par 46 voix contre 33 à Aurélien Chevallier (la troisième candidate, Françoise Fabre, s’est retirée au profit de Chevallier pour contrer Dagoma). Désormais, la nouvelle tête de liste ne veut plus entendre parler de parachutage: « J’ai été clairement désignée par les militants. On a joué projet contre projet, et j’ai gagné. »

Publié dans écrit

Commenter cet article

Philippe Donadini 02/12/2007 10:47

Bravo pour votre article très complet.
Le blog de Seybah est en ligne :
http://www.seybahdagoma.net
A bientôt !