POLICE ACADEMY - EPISODE 1

Publié le par Jérôme Lefilliâtre

Une semaine « embedded » dans le commissariat de police de Cherbourg (Manche), ça fait un peu peur au début, mais finalement ça se passe bien. Chronique d’un dépucelage en 6 épisodes.

 

 

Lundi 26 novembre

 

C’est à 8 h 30 que j’ai rendez-vous au commissariat de police de Cherbourg. Je retrouve Michel Le Cavorzin, le commissaire, dans son bureau. Souriant et sympathique, il m’accueille d’un énigmatique « Ah, elle est belle la France », référence à l’actualité des faits divers qui ont émaillé le week-end : mort de deux jeunes et violences à Villiers-le-Bel, meurtre d’une étudiante dans le RER D à Creil, découverte du cadavre d’une femme un an après sa mort à Calais. Le commissaire me détaille la liste de ces événements dramatiques et enchaîne rapidement sur l’histoire qui a marqué le week-end à Cherbourg. Un homme en situation de contrôle judiciaire, placé sous surveillance électronique, a été interpellé peu après que son rottweiler a mordu sa compagne. L’homme avait 1,4 gramme d’alcool dans le sang et a réussi peu après l’agression à se défaire de son bracelet électronique avec un simple couteau à dents. Michel Le Cavorzin ne cessera de revenir sur cette affaire tout au long de la matinée. Du gros dossier, apparemment.P1040389.JPG

 

Après les formalités d’usage, le commissaire m’invite à assister à une réunion où siègent les trois commandants du centre de police. L’objectif est de faire le point sur les événements qui ont secoué la paisible Cherbourg les deux jours précédents. « M. Lefilliâtre est étudiant en journalisme à Sciences-Po. Donc il ne faut pas tout lui dire. » Voilà pour les présentations. Je souris bêtement.

 

Nous prenons peu après la direction du port de Cherbourg. C’est aujourd’hui que doit être inauguré le tout nouveau fréteur de la compagnie de transport maritime Brittany Ferries. Le navire a été baptisé le Cotentin. La cérémonie a lieu en présence du Secrétaire d’Etat aux transports, Dominique Bussereau. Michel Le Cavorzin est sur le qui-vive : il est en charge de la sécurité du site où se déroule l’inauguration. Il doit se rendre sur place pour vérifier que la brigade de déminage a bien fait son travail. « Vous avez de la chance, vous. Vous arrivez à Cherbourg le jour où il y a une grosse opération de police. » Le commissaire parle-t-il d’homicide, de descente ou de démantèlement de réseau ? Non. Si les troupes sont particulièrement mobilisées ce matin, c’est parce que l’actualité sociale est chaude dans le Cotentin : les étudiants et lycéens peuvent bouger, mais ce sont surtout les salariés de la Sanmina – une entreprise locale, en cours de délocalisation – qui risquent de venir troubler la belle cérémonie.

 

P1040408.JPGC’est à bord de la voiture du commissaire, frappée du sigle « Police » à l’extérieur du pare-soleil, que j’arrive sur le parking du port réservé aux invités. A peine descendu, je tombe sur mes confrères de La Presse de la Manche et d'Ouest France, avec qui j’ai travaillé lors de mon passage dans la grande famille de la PQR.

« Ben alors, Jérôme, qu’est-ce que tu fous là ? T’as changé de voie, tu passes le concours de police ou quoi ? (Eclats de rire.)

-         Non, je suis en stage d’observation au commissariat. C’est Sciences-Po qui m’a affecté à Cherbourg.

-         En stage d’observation ? Tu vas observer quoi : l’alcoolisme au travail ? » (Eclats de rire partagés.)

 

C’est avec ces mêmes collègues que je rejoins la tribune officielle pour assister à l’inauguration. La classe : je m’assois sur les bancs de la presse. Peu de choses à dire sur la cérémonie, où se succèdent les orateurs pour une litanie qui me semble interminable. Malgré la météo clémente, une batterie de parapluies est prête à ma gauche, au cas où la pluie ferait son apparition. A Cherbourg, le parapluie est le prolongement naturel du bras droit, comme le pastis à Marseille.

La musique est très présente lors de la cérémonie : l’harmonie municipale, d’abord, s’évertue à réchauffer l’air plutôt frais qui baigne le port d’une douceur "normande". Puis c’est une fanfare bretonne de la Marine nationale, le « Bagad de Lann-Bihoué », qui nous gratifie de solos de biniou, sur fond de cornemuses. Surprise : l’ensemble est plutôt rock’n’roll. Même que ça swingue. Dernier participant à cet ensemble choral, un homme frêle, pas charismatique pour un sou. Il s’avance seul au milieu des musiciens à la fin de l’inauguration pour chanter les hymnes français et finlandais – c’est en Finlande que le bateau a été construit. Quand il prononce les premières phrases dans un finlandais approximatif, je ne peux m’empêcher d’esquisser un petit sourire en coin, partagé avec mon voisin. Jusqu’à m’apercevoir que le mec a du coffre et que c’est vachement couillu de chanter, en finnois, et devant cinq cents personnes, des paroles auxquelles on ne comprend absolument rien. Chapeau l’artiste.

 

Je retrouve le commissaire peu après le traditionnel lancer de bouteille de champagne sur la coque – un instant toujours fun, qui sert à baptiser le navire. Il me raconte comment ses hommes ont bloqué les manifestants de la Sanmina à quelques mètres de la cérémonie. « J’ai eu la brillante idée d’installer un double barriérage à l’entrée du port, m’annonce-t-il avec un sourire ironique. Une délégation a été reçue par un conseiller du ministre et le dircab du préfet. Les manifestants sont déjà tous partis. » Traduction : succès de l’opération de police. Michel Le Cavorzin prend son talkie walkie et annonce à un interlocuteur mystérieux : « on peut alléger les troupes. »

 

Dans le fréteur, où nous – journalistes, élus et officiels – sommes montés pour la visite, ça chambre entre députés et sénateurs. Dominique Bussereau y va de sa petite vanne, genre « si vous les sénateurs, vous foutiez quelque chose, ça se saurait. » Merde, je me surprends à me marrer, moi aussi. Tout ce petit monde rejoint ensuite le « cocktail déjeunatoire » organisé par la Brittany Ferries. Bien aidé par l’entrain de mes collègues de PQR, je m’empiffre de langoustines, d’huîtres, de noix de Saint-Jacques et de verrines. Trop dure, la vie de journaliste. Pourquoi ne suis-je pas devenu prof de français ? (A suivre...)

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cécile 04/12/2007 14:26

Je viens de réaliser que c'était un peu ton destin d'aller en commissariat. Après tous les bébés dans les congélos des gens de ta campagne!

Marina 02/12/2007 19:03

Peut-etre parce que tu écris "des paroles à laquelle"...?