POLICE ACADEMY - EPISODE 5

Publié le par Jérôme Lefilliâtre

 

Une semaine « embedded » dans le commissariat de police de Cherbourg (Manche), ça fait un peu peur au début, mais finalement ça se passe bien. Chronique d’un dépucelage en 6 épisodes.


Nuit du jeudi 29 au vendredi 30 novembre

 

 

 

Dalhia 4. C’est le nom de code du véhicule de police (banalisé) dans lequel je passe une bonne partie de cette nuit, en patrouille. C’est la Bac qui reçoit, la Brigade anti-criminalité. Des flics de la nuit, qui pointent leur flingue au bercail vers 22h pour ne rentrer chez eux qu’à l’aube. 6h officiellement, mais souvent la nuit se prolonge au gré des affaires à traiter. Les hommes sont au nombre de trois. Au volant, Jean-Luc, 9 ans à la Bac, assez bavard, celui qui me parle le plus librement de son métier. A côté, sur le siège passager, Igor, le taciturne. Difficile de briser la glace. Il semble très méfiant à mon égard. Il faut dire que la méfiance, c’est aussi la qualité première pour un homme de la Bac. Enfin, sur ma droite, à l’arrière du véhicule, Bernard, le plus expérimenté des trois, 11 ans de Bac, pas très prolixe non plus. Entre nous deux, se tient un grand sac noir comportant le matériel nécessaire à l’équipe en cas d’intervention : des « tonfas » (les matraques à angle droit), des gilets pare-balles, des élastiques (au cas où les menottes ne suffiraient pas) et le très célèbre flash-ball, bien à l’abri dans une mallette qui le protège. A cette équipement s’ajoutent l’arme de poing que chacun des hommes porte à sa ceinture (un Sig Sauer 9 mm) et des menottes.

 

 

 

La mission de la Bac consiste à rouler toute la nuit dans la circonscription de Cherbourg. Ici, on traque le flag’. Il faut dénicher en plein méfait ceux que l’on appelle les « délinquants ». Surveiller les zones reculées. Prévenir l’éclatement des délits. Sous cet aspect romantique se cache en fait une réalité plus anodine. On s’emmerde à Cherbourg, question délinquance. Je ne tarderai pas à découvrir ce qui fait le quotidien de la Bac : l’attente plutôt que l’action, l’ennui plutôt que la passion. Toujours cette même phrase : « Cherbourg, c’est tranquille. On connaît les gens, c’est petit. » Ici émerge le paradoxe de cette patrouille qui vise à réduire la criminalité. D’un côté, les hommes ne peuvent que se féliciter du bas niveau de délinquance dans leur agglomération – qui fait de Cherbourg l’une des circonscriptions les plus sûres de France. Mais on sent par ailleurs que les membres de la Bac aimeraient être confrontés plus souvent à l’adrénaline qui surgit de la violence.

 

 

 

Dans la voiture, la vigilance est permanente, l’attention toujours en éveil. Chaque individu qui ose s’aventurer dans les rues à cette heure fait naître un sentiment de suspicion chez les hommes de la Bac. A peine les trois policiers ont-ils repéré un passant dont le comportement est suspect – l’homme marche, s’arrête, se retourne, esquive notre véhicule par de petites rues, revient en arrière, etc. – qu’ils se lancent dans une filature effrénée à travers les rues de Cherbourg. La tension monte dans le véhicule : il faut prévoir les déplacements de l’individu pour l’intercepter là où il ne pourra plus nous échapper. C’est chose faite le long des voies ferrées. Les policiers descendent promptement du véhicule pour contrôler le garçon de 20 ans. Pendant que l’un vérifie ses papiers, un autre regarde autour de lui pour voir si le jeune homme n’a pas jeté à terre la micro-boulette de shit qu’il devait certainement posséder. L’officier ne trouvera rien. Nous serons bien obligés de constater que le garçon ne faisait que rentrer chez lui après son travail et peut-être quelques verres, à moins que ce ne soit après quelques joints, partagés avec des amis. Rien que de très banal.

 

 

 

La tournée se poursuit sans orientation précise, jusqu’à l’instant où Jean-Luc, le conducteur, vire brusquement pour faire demi-tour. Il prend en chasse une voiture immatriculée 76 (Seine-Maritime). Pourquoi ? La Bac a eu vent récemment d’un trafic de stups organisé sur Cherbourg par des Haut-Normands. Quelques centaines de mètres plus loin, Dalhia 4 rattrape la voiture des hommes que nous suivions. Igor dégaine le gyrophare de la boîte à gants pour le poser sur le toit et enclenche la sirène de police. Une scène excitante. Le conducteur de la voiture que nous avons pisté se range sur le bas-côté sans délai. Réaction un peu décevante pour ma part : j’avoue que j’avais envie de participer à une course-poursuite. Les deux jeunes (25 ans environ) qui se trouvent à l’intérieur sont contrôlés par les policiers. Encore une fois, ils ne trouveront rien et les laisseront partir, malgré quelques doutes. Sale nuit pour la lutte contre le crime.

 

 

 

Déjà 1h du matin. Il n’y a plus personne dans les rues et je commence à m’ennuyer ferme. Jean-Luc s’arrête quelques minutes devant le casino pour saluer le portier – lui aussi a l’habitude de travailler la nuit. Nous continuons notre quête sans but. La Bac a l’habitude d’intervenir sur des IPM (ivresse publique manifeste) pour calmer les esprits qui s’échauffent sous l’effet de l’alcool. C’est même l’une de leurs missions les plus fréquentes. Sauf ce soir. Il n’y a ni fêtes étudiantes ni soirées trop arrosées dans les bars de nuit. Faut dire qu’à Cherbourg, ce soir, y caille, y pleut et les quelques rafales de vent qui s’élèvent dans le ciel annoncent une tempête imminente. Vraiment une mauvaise nuit.

 

 

 

Il est 2h, Cherbourg s’endort, et moi aussi. Je demande à mes hôtes de me raccompagner au commissariat, où se trouve ma voiture. Eux continueront de tourner jusqu’à 6h, pendant que je dormirai profondément. J’apprendrai le lendemain qu’il ne se sera rien passé d’autre après mon départ…

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Quentin 08/12/2007 16:05

Un homme d'action ce Jérôme. Qui comprend bien les problèmes des policiers. Un bon garçon.

Ivan 08/12/2007 11:44

Donc je résume : Jérôme aime tirer au pistolet mitrailleur, il est déçu quand il n'y a pas de course poursuite, et aurait bien aimé qu'il se passe quelque chose la nuit avec la BAC. Ah oui et il était le premier à se déplacer avec Charlotte boulevard Malesherbes quand il y a eu l'attentat jeudi. Hum hum.