POLICE ACADEMY - EPISODE 6

Publié le par Jérôme Lefilliâtre

 

Une semaine « embedded » dans le commissariat de police de Cherbourg (Manche), ça fait un peu peur au début, mais finalement ça se passe bien. Chronique d’un dépucelage en 6 épisodes.


Vendredi 30 novembre

 

Il ne manquait plus qu’une bonne affaire criminelle pour parfaire ma connaissance du monde de la police. Ce fut chose faite lors du dernier après-midi passé au commissariat. La veille, un adolescent de 14 ans était retrouvé avec une plaie d’une profondeur de 3 cm dans la gorge. Transféré au centre hospitalier de la ville, où il fut mis hors de danger malgré la gravité de sa blessure, Vincent [1] accusa immédiatement son beau-père, séparé de sa mère une semaine auparavant. L’histoire se déroule à Octeville, dans le quartier des Provinces, la ZUP de Cherbourg. Elle s’appuie sur des maux qui frappent la région de plein fouet depuis plusieurs années : chômage, pauvreté, alcool. Interpellé peu après les faits avec plus de deux grammes d’alcool dans le sang, Didier, l’agresseur présumé, placé en garde à vue toute la nuit, est accusé de violences volontaires, aggravées par les conditions dans lesquelles a eu lieu l’incident : sous l’emprise de l’alcool, sur mineur de moins de 15 ans et donnant lieu à plus de huit jours d’interruption temporaire de travail. L’affaire sera sans doute bientôt requalifiée par le Parquet en tentative d’homicide volontaire.

 

Les capitaines Fatôme et Girard, qui sont en charge de l’enquête, m’emmènent à l’appartement de la victime, où Vincent vit avec sa mère. Sur place, les officiers de police se mettent en quête d’indices qui permettraient de faire avancer leur investigation. Ils recherchent la lame qui a servi à l’agression. Deux couteaux se trouvent sur un plateau, rangé au-dessus du buffet de la cuisine. Parfaitement nettoyés, aucun ne présente la moindre trace de sang. Le capitaine Girard les prend en photo, dans l’espoir que Vincent reconnaîtra l’un d’entre eux. La mère reste étonnamment calme pendant que les policiers fouillent l’appartement. Elle répond courageusement aux questions qui lui sont posées et conduit les officiers dans la salle de bains pour leur remettre les vêtements ensanglantés du jeune homme. Parmi les choses qui frappent l’attention des enquêteurs, la présence d’un produit de nettoyage jonchant le sol de la chambre de son fils. La mère affirme qu’il ne lui appartient pas. L’agresseur a vraisemblablement utilisé le vaporisateur pour essayer de cacher les traces de sang. Pendant la visite au domicile de la victime, quelqu’un frappe à la porte d’entrée : c’est un copain de Vincent qui vient aux nouvelles. Le capitaine Fatôme coupe court à la discussion : « Vincent n’est pas là. Il va revenir bientôt. » Les deux officiers font ensuite le tour des appartements de l’immeuble pour demander aux voisins s’ils ont entendu ou vu quelque chose. L’essai se révèle infructueux.

 

De retour au commissariat, les deux policiers se partagent les rôles : l’un se rend au chevet de Vincent pour lui soumettre les clichés des couteaux, l’autre s’apprête à entendre le suspect. Interrogé par le capitaine Girard, Didier nie les faits et adopte une ligne de défense périlleuse. Il déclare lors de ses auditions ne pas se souvenir des actes qui lui sont reprochés, à cause de l’alcool. « Je me rappelle pas de ce que j’ai fait. J’ai un trou. J’ai dû traîner en ville dans les cafés, mais je me rappelle même pas des cafés. Je peux pas vous dire, j’étais dans le gaz. » Incapable d’expliquer le geste qu’il semble avoir commis, l’homme raconte qu’il s’entendait bien avec le garçon. Il ajoute que Vincent se promenait souvent avec des couteaux, laissant entendre aux enquêteurs que le jeune homme pourrait être à l’origine de sa propre blessure.

 

De retour de l’hôpital où Vincent a reconnu l’arme avec laquelle il a été touché, le capitaine Fatôme se joint à son collègue pour l’audition du mis en cause. Les deux officiers de police se font plus pressants, élèvent la voix, placent Didier devant ce qui semble désormais une évidence et cherchent à le mettre en difficulté. Mais ils continuent de se heurter à un mur, qui leur répond toujours d’une même phrase : « Je ne sais pas. » C’est alors que le substitut du procureur intervient pour entendre lui-même l’agresseur présumé. Il prolonge la garde à vue de 24 heures. Demain, il se prononcera sur la suite judiciaire de l’affaire.



[1] Les prénoms ont été modifiés.

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cymon 29/07/2008 21:25

Au passage, y’a un site qui propose une enquête genre CSI, pour ceux que peut intéresser : c’est sur http://crimebox.free.fr

Louis 12/12/2007 00:52

Très chouette série de compte rendus : c'est vivant, on s'y croirait dans ce commissariat normand...

Quentin 11/12/2007 07:36

"Les capitaines Fatôme et Girard".
Je suis sur le coup Ivan !

Ivan 11/12/2007 00:29

Je suis désolé on a besoin de savoir la suite ! Il a avoué ? Il est toujours en détention ? Et pourquoi il a fait ça ? C'est CA la question ! C'est ça votre angle !