Portrait de Jean-Marc Dupeux, aumônier national des prisons

Publié le par Olivier

        « La première fois que je suis rentré dans une prison (Saint Paul à Lyon) avec Axel Lochen, l'aumônier de la prison, à peine avions-nous fait un pas dans le couloir, que des appels retentissaient :« Axel, il faut que tu viennes me voir. » Il se dégageait une grande attente de la part des prisonniers. Là je me suis senti utile. »
Être utile, être présent pour les autres à travers la foi, voilà ce qui importe à ce pasteur protestant qui se définit comme un amoureux de la vie, un chercheur de l'humain. De son propre aveu, il apprend beaucoup de ses rencontres avec les détenus, partager toujours plutôt que simplement donner. Son charisme, son empathie et sa joie de vivre l'ont amené a tissé des relations très fortes avec les condamnés dont il s'occupe.

       
        « La première fois qu’il est rentré dans ma cellule j’ai été impressionné par ce grand bonhomme, raconte François* un ancien détenu. Il a une grande présence. Il est entré dans un monde plutôt triste avec le sourire, sans arrière-pensée, sans a priori et sans peur. » L'approche très « amicale » de Jean-Marc Dupeux va profondément toucher l'ancien délinquant. « Il a agit comme quelqu’un qui t’apprends à marcher et qui recule en même temps. A chaque fois c’est à toi de faire un pas de plus. »
À chaque séance l'aumônier propose un texte à son interlocuteur et lui propose de se l'approprier. Ainsi François peut-il transcrire le Psaume 27, alinéa 14 « Compte patiemment sur le seigneur; ressaisis-toi, reprends courage, » dans sa propre langue: « relève-toi ma gueule ».

   
        Si Jean-Marc Dupeux sait aussi bien choisir les passages de la Bible qui conviennent à chacun, s'est que « je suis tombé dans la Bible quand j'étais petit. » Né dans une famille protestante il a été assidu au catéchisme et au temple. La foi l'a toujours accompagné, pourtant la vocation ne lui est pas venu tout de suite.

   
        En 1971, il est en math sup. Lors d'une manifestation le 9 février pour la défense des immigrés, Gilles Guiot, un de ses camardes de classe, est arrêté et condamné sur le champ à 6 mois de prison ferme. Très vite ses amis s'organisent poussés par « un besoin de justice et de liberté ». En 48 heures, ils ont mis tous les lycées parisiens en grève. Puis c'est toute la France des Lycéens et des étudiants qui s'embrase. Le 18 du même mois la libération de Gilles Guiot, provoque une scène de liesse place Saint Michel. Le « sentiment de puissance » qu'ont ressentie les artisans de cette victoire sociale les a marqués et les a poussés à s'impliquer dans la vie de la société. Beaucoup se lanceront en politique, « On s'est sentie fort, avoue Jean-Marc Dupeux ».
Lui, décide de s'impliquer dans la société au travers de sa compagne de toujours, la Bible. Il quitte sa classe préparatoire et s'engage dans des études de théologie. L'affaire Guiot a laissé des traces chez le jeune homme toute sa vie sera marquée par la défense des immigrés et des détenus « il n'y a pas de hasard affirme-t-il ».

 

« Quand j’aide quelqu’un à aller mieux cela me donne de la joie pour une journée !»

 

          Pas de hasard mais du doute et des hésitations. En 1977 il passe en même temps un DESS de théologie et un diplôme d'école de commerce à Strasbourg. Il n'est pas encore prêt à faire un choix qui l'engagerai pour toute sa vie. Alors il se laisse des portes ouvertes et du temps pour réfléchir. Il part pour deux ans, avec sa femme au Cameroun, occuper un poste de professeur de mathématiques. Durant ce séjour il est victime d'un abcès au cerveau. Rapatrié d'urgence en France, il se réveille avec la conviction que l'errance doit cesser. Il tire de cet accident la force nécessaire pour faire un choix et la volonté de « me structurer », pour agir bien sûr.

   
        Il rentre dans l'église réformée de France et devient pasteur à Grenoble d'abord puis à Lyon. C'est là qu'il va rencontrer son maître, le frère de Taizé Axel Lochen. C'est lui qui va lui demander de devenir aumônier des prisons, de venir faire évoluer son message au contact d'individus privés de liberté. Tout au long de son engagement on retrouve les deux problématiques qui lui sont chers:

la défense des immigrés, il sera secrétaire général de la CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués) pendant 8 ans
et le soutien aux prisonniers, il est aumônier national des prisons depuis 2004.

   
        Bien sûr toutes les rencontres ne sont pas toujours aussi positives que celle de François.« Je me souviens d’un détenu qui m’inquiétait un peu, raconte Jean-marc non sans humour. Il était très agité, ses vêtements étaient déchirés. Je décide de prendre un avis médical. » Le psychologue rassure le pasteur. Ce détenue ne s'en prend qu'aux personnes qu'il aime or Jean-Marc Dupeux n'en est qu'à sa seconde visite, il n'y a donc pas encore de lien affectif entre eux. L'aumônier retourne donc finir sa visite. « La première chose qu’il me dit quand j’ouvre la porte de sa cellule c’est : « Jean-Marc je t’aime !! » » Heureusement, il sortira de la cellule indemne tant physiquement que psychologiquement. Sans se blinder il fait la part des choses et positive toutes ses expériences. Il ne se démotive jamais « parce que j’appartiens à une grande famille à travers la Bible. Mon métier c’est juste d’être là et d’écouter. C’est tellement simple de donner de la présence à ceux qui en ont besoin, pourquoi s‘en priver ? » Alors il va continuer à aller voir les détenus, dans toutes les prisons de France pour leur donner de la présence et recevoir aussi «quand j’aide quelqu’un à aller mieux cela me donne de la joie pour une journée !». Ainsi ils seront de plus en plus à pouvoir dire comme François « j’ai eu la chance de tomber sur Jean-Marc ».

 

 

* le prénom a été modifié

Olivier Monod

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oliv 17/12/2007 20:32

c'est mieux là?

Louis 15/12/2007 11:39

Chouette article : t'as trouvé une super idée de portrait... Bon par contre tu veux pas faire une belle mise en page ? :D