Journalism and the city - Episode 2

Publié le par Kethou

Million dollar paper
 
            Apres une journée passée à ne rien faire, ma boss me dit avant de partir : « Tu devrais aller à la vente aux enchères de ce soir chez Sotheby’s avec James », mon collègue so british. La vente est à 19h00, j´ai un anniversaire à 20h00, et surtout ça veut dire que je dois rester au bureau jusqu’à 18h30. Mais bon pourquoi pas, je ne suis jamais allée à une vente aux enchères.
            Mais pour pouvoir admirer la Magna Carta ou Grande Charte, (un document juridique anglais du 13e siècle limitant les pouvoirs de la royauté, qui dit en gros que personne n´est au-dessus des lois, même pas le roi), il faut trouver un taxi. Et trouver un taxi en début de soirée à la sortie des bureaux, c´est mission impossible. Heureusement après 15 minutes à me geler dans la rue me voilà enfin bien au chaud dans un taxi à faire la conversation à James.
            Arrivée chez Sotheby’s, je me rends compte que mes collants sont filés ! C´est pas très chic, surtout quand on est entouré de vieux et de vieilles tirés à quatre épingles ( d’ailleurs ils sont aussi tirés au sens litéral). Heureusement que les journalistes sont là, en jean/basket. Mais l’ambiance reste très formelle. Heureusement que James est là pour me dire la phrase adéquate : « On va se prendre un petit verre de vin ? ». Il me félicite d'avoir su utiliser mes talents d'enquête journalistique pour trouver le bar. A peine le temps de savourer mon verre que c’est déjà l’heure. A 19h pétantes, tout le monde se tait.
            Le vice-président de Sotheby’s fait une petite présentation. « La Magna Carta, que peut on dire…12 million de dollars ». Il me faut quelques secondes pour comprendre qu’il vient de lancer la vente. Moins de 2 minutes plus tard la vente s’achève. Prix final $19 millions plus la marge de la maison : au final l’acheteur déboursera $21,3 millions…par téléphone.
            Il est 19h04, la vente est finie. Les invités restent pour faire des mondanités pendant que les journalistes se ruent sur le vice-président pour connaître l’identité de l’acheteur mais rien. Un des journalistes retardataires vient me voir me prenant pour une collègue, dupé par mon petit cahier sur lequel je note activement mes impressions, pour me demander si on connaît le nom de l’acheteur. J’ai l’impression de faire partie de la grande famille du journalisme ! Ah, les petits plaisirs d’une étudiante en journalisme.
            « L’acheteur est là ! », je sors de ma rêverie et je suis le troupeau pour enfin apercevoir celui qui vient d’acquérir ce morceau de papier historique. Il était peut-être caché dans la salle avec son portable ? On attend regroupés autour de l’objet sous verre, gardé par deux molosses en costards noirs. Mais toujours aucun signe de l’acheteur.
            Au cas où vous douteriez de ma réelle présence aux Etats-Unis la suite va vous convaincre. Deux bimbos peroxydées au teint orange posent devant la Magna Carta comme si elles étaient à coté de Brad Pitt !
            Et voilà, pendant que j’observait avec effarement ces deux blondes, je n’ai pas vu arriver l’acheteur à coté de moi, essayant de se frayer un passage. Tout le monde se tait en voyant David Rubenstein, un Américain qui a acheté ce document pour qu’il reste sur le sol américain, "là où il doit être", et pour faire "un cadeau aux citoyens américains" en le faisant exposer aux archives nationales à Washington. A la fin du discours, on applaudit, on siffle, bravo…on dirait qu’on est face à une rock star.
            Il est 19h30, c’est fini, je vais pouvoir rejoindre mes amis.

Publié dans écrit

Commenter cet article