Ségo brunit sur les plages d'Oléron

Publié le par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Deuxième épisode de la série 1be4. Aujourd’hui, mode I was like. Because you know and the beau brun poivré. Hommage



9h. Seulement trois jours que je travaille et j’ai déjà du mal à me lever. Brouillard, froid et tout, relou. En plus, il n’y a rien à faire pour moi, comme il n’y a pas beaucoup de nouvelles genres breaking news à La Rochelle en ce moment, because les fêtes de fin d’année, bah, ils savent pas trop quoi me donner. Sauf que ce matin, un peu de beurre va fondre dans les épinards. Oui, oui. Tiens, tiens, coup de fil de l’attaché de presse de Ségolène, une ancienne de France 3, tiens tiens, Ségo visite une ferme ostréicole, tiens tiens, si on y allait. Tiens tiens, c'est comme le chalutier pendant le vyage à Malte de Sarko.
     10h. Ni une ni deux mon chef qui est chouette mais pas aussi chouette que Juliette m’envoie là-bas avec le photographe rejoindre la correspondante locale de Sud-Ouest. Enfin pas celle d’Oléron mais celle de Rochefort parce que  bon je vais pas vous résumer l’organigramme du journal. Et puis, mon chef qui est chouette, il me dit, tu prends ton cahier et tu le fais pour de faux, c’est un bon exercice. Moi je suis tout émoustillé.
    Et me voilà dans la voiture du photographe, qui parle pas beaucoup, un peu poivre et gris. Pas mal mais pas aussi beau que Patrick de Carolis ou le vieu beau de France Inter. Eux, c’est où ils veulent, quand ils veulent. Lui, il faut que je regarde dans mon agenda. Un voyage sur l’Île d’Oléron, c’est un peu l’aventure. C’est comme si Kékete allait  faire un reportage à Brooklyn, elle sait que c’est possible mais elle n’y croit pas vraiment.
On arrive devant la ferme ostréicole, sans se perdre, la classe, et en avance. Fortiche conducteur mon photographe. Il y a déjà deux gars France 3 et un gars de la radio. Sud-Ouest Rochefort se ramène et aussi une fille de Montauban. C’est loin Montauban ou pas ? Ca poiraute. Ca parle pas beaucoup.
    10h45. « De toute façon, elle est toujours en retard, râle un gars. Et encore si elle vient. »
« Ah bon, avec moi elle arrive toujours à l’heure », dit une autre.
Le silence.
« Et on lui connaît un chéri ? »
Alors là, j’ai l’oreille qui se dresse, qu'entends-je ?
« Oui, un médecin à La Rochelle »
« Pas un people quoi. »
« Nan »

s--go-3.JPGLe silence.
Bref ça voudrait balancer mais y a rien à balancer .
« Et sinon on a retrouvé des requins tigres près de l’île d’Aix cette été. »
 Ségo a cinq minutes de retard.
« Après le quart d’heure charentais voilà la demi-heure poitevine. »
    11h08. Elle arrive avec un gros gars sympa fort en gueule, le vice-président du conseil régional de Poitou-Charentes., François Patsouris. Je dresse la tête pour rejoindre mes oreilles. Elle est toute fine pas très grande mais bon elle a sorti les talons alors ça monte et puis aussi elle a les boucles d’oreille et tout, je me dis que des talons pour visiter une ferme ostréicole c’est pas le mieux, enfin moi je suis en basket, pas top aussi. C’est marrant ça, tous les jeunes journalistes sont en basket. Pas les deux plus vieilles de la presse écrite. Elle dit bonjour la Ségo et serre la main sans regarder dans les yeux.
Toute la petite troupe la suit.
    D’abord on écoute le speech du gars qui cultive les huîtres, une entreprise familiale et tout, mais bon la priorité c’est Sarko. France 3 demande à Ségo de se placer devant les parcs à huîtres tout moches.
« C’est beau là ? », elle demande.
« Oui, oui »
Et puis elle sort, dignité représentation indigne tout ça parce que quand même Sarko il abuse de se dorer la pilule en Egypte avec l’argent de Bolloré qui a des groupes de presse et est en Afrique (je résume). Trois questions du journaliste et c’est torché. En plus, moi qui lit la presse, je sais qu’elle l’a déjà dit hier. Mais bon là faut enfin des images.
« C’est bon là, vous en avez assez ? », demande Ségo. Elle agit en pro. Moi, je veux déjà poser des questions mais j’ose pas, c’est la période réservée à la télé.
 Le journaliste essaye de la taquiner sur Carla mais elle balance pas, elle dit que Sarkozy peut aller en vacances où il veut et avec qui il veut. Le problème c’est money money, la dignité de la fonction présidentielle, tout ça. Elle demande en off à France 3 de passer les images aux autres télés parce qu’ils sont tout seuls là.
    11h15. Après on va à l’intérieur, on regarde Ségolène ramasser les huîtres, les ouvrir, les manger. C’est Martine visite une ferme ostréicole. On nous apporte un plat d’huîtres, Ségo veut manger mais personne ne bouge. Moi je sais qu’elle ne veut pas être filmée ou photographiée en train de manger. Mais là, ça coince, alors elle en gobe vite fait une sous la mitraille.
Puis, on attaque tous. C’est à la bonne franquette, debout autour d’un tas de bourriche d’huîtres. Y a pas de vin. Et puis Ségo demande si la presse écrite a des questions. Personne ne bronche. Je me sens mal  pour elle. Elle redemande.
Bon bah alors moi je la mitraille. La première fois, elle me demande de répéter, je ne parle pas assez fort, puis je prends confiance. Un  peu tout ce qui me passe par la tête. Si elle se sent plus proche des gens que Sarko, les liens avec Bolloré, si présenter Carla après la semaine Khadafi n’est pas un problème, le coup du chalutier ("par hasard", elle dit, tout le monde rigole) et d’autres questions et puis elle elle parle « séquence de communication gênante», et  demande au président de s’occuper de nous et d’être vraiment le président du pouvoir d’achat, que le style peut changer mais faut remettre l’ordre des choses et l’ordre des choses c’est la dignité présidentielle. Bref, toujours rôder, elle innove pas après la télé. On a le droit à ordre quand même. Mais pas ordre juste. Dommage. Et puis, pas de off aussi, même quand la caméra est coupée.
Ca a lancé un peu les autres journalistes alors France 3 lui demande ce qu’elle pense de l’Arche de Zoé.
« Des pauvres gens qui se sont fait avoir. »
 Mouais. Les familles ou Breteau and co. J’ai un doute. Je me souviens pas. J’ai peut-être raté un épisode dans la réponse ou dans la question.
Et puis les gens se dispersent un peu, elle parle vite fait avec le radio-man de Rue de la banque et qu’elle n’y va pas parce qu’ils ne veulent pas être récupérés. Moi je pense à la visite de Hollande mais j’ose pas demander.
Et puis comme ça, je lance,
Et sinon vous pensez quoi du réseau RESF ?
Là, elle me regarde. J’ai peut-être pas parlé assez fort.
Le réseau RESF ?
Je vois rien dans son regard. Je perds un peu contenance.
Le réseau éducation sans frontière, vous savez, l’immigration.
Ah oui, c’est bien ce qu’ils font.
Vous les soutenez ?
Oui, je crois que leur action est plutôt efficace.
Vous les soutenez même si c’est illégal ?

11H45. Et là, elle a bloqué, j’ai pas insisté, j’avais l’impression d’avoir un doute et si, moi, je me trompais sur le réseau RESF, et si c’était une ONG comme d’hab genre MSF. Une fois rentré, j’ai vérifié, RESF, c’est bien le réseau qui cache des enfants sans papiers pour qu’ils ne soient pas expulsés. Techniquement, c’est bien illégal. CQFD. Bon après, est-ce qu’elle ne connaît pas ou est-ce que je n’étais pas clair. On saura pas. Il faut que je prenne de l’assurance mon général
    12h. Bilan, plutôt sympa la Ségo, respectueuse, rôdée sur son discours, veut pas une gaffe.
Je rentre avec mon photographe, il parle pas plus au retour. Je dors dans la voiture. C’est moins drôle que le conseil des ministres, y a pas de petites blagues genre Dati en robe rouge, elle se tape Sarko, Yade en robe noire, elle démissionne (la dernière j’invente, je rêve, que dis-je, j’affabule.)

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cécile 29/12/2007 15:15

Putain c'est la classe, j'ai déjà des hommages... on pourrait rebaptiser ce genre de chroniques "les dessous du journalisme" ou "making of"
très flattée en tout cas, très sympa à lire aussi, encore plus que ton premier article dessus :D