I've got the power

Publié le par Louis

croco.pngOn parle fréquement, à propos du journalisme, de quatrième pouvoir, qui viendrait s'ajouter aux trois autres pouvoirs bien connus depuis Montesquieu, à savoir le législatif, l'executif et le judiciaire. C'est un thème galvaudé, maintes fois rebattu, sans cesse discuté. Pourtant, j'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience concrète  tout récemment, dans le cadre du stage hivernal que j'effectue ces jours-ci...

J'ai écrit il y a quelques jours un article sur la situation politique d'une petite bourgade d'Île de France à trois mois des municipales. Je me suis penché sur l'agglomération en question car depuis un an et des élections partielles qui ont renouvelé le conseil municipal de la ville, la situation est complétement bloquée. En effet, l'opposition au maire est devenue majoritaire, et l'entente entre l'édile et ses élus est loin d'être au beau fixe. Le maire refuse de composer avec eux, en retour ils refusent de voter la plupart des budgets réclamés par le maire, du coup un comité de soutien au maire s'est monté, bref : ambiance Clochemerle...

Pour les besoins de l'article, j'ai contacté par téléphone un certain nombre d'interlocuteurs, et notamment M. le maire. Dans la salle de rédaction, on m'avait prévenu : "Tu vas voir, c'est une mauvaise tête." "Oh, lui... il est autoritaire comme pas permis" et  je passe sur d'autres descriptions peu amènes du personnage. Et j'ai effectivement été servi au début de notre entretien téléphonique. "Ah, vous travaillez pour ce journal ? Eh bien je voudrais vous dire avant tout que j'en ai marre de vos articles mensongers à mon encontre, de vos calomnies, que vous ne savez pas faire votre métier...". Mon interlocuteur m'a bien aggressé une minute de la sorte. Quand j'ai pu en placer une, je lui ai expliqué que je n'avais pour l'instant jamais écrit sur lui, que je n'étais pas comptable de ce qui avait été écrit avant (dont je doute serieusement que ç'ait pu être partial en sa défaveur) et que de toutes façons je n'étais pas du département. Puis, sans trop y croire, j'ajoutai : "Bon, vous voulez bien répondre à mes questions ou pas ?". "Si je ne réponds pas de toutes façons, vous allez mettre "M. le maire a refusé de répondre à nos questions" ?". J'ai eu le temps de bredouiller un "Oui, évidemment, puisque ce sera la vérité". Et il a répondu à mes questions...

C'est pas grand chose, mais c'est vraiment la première fois que je réalise vraiment, par l'expérience, que oui, le journaliste a bien du pouvoir et qu'il est de son devoir de s'en servir. C'est parce que M. le maire a eu la pression de la petite phrase assassine qu'il a citée qu'il s'est prêté à l'entretien que je sollicitais. Les journalistes ont du pouvoir. Bordel, j'ai du pouvoir.

undefinedCette épiphanie ne se suffit cependant pas à elle-même et il convient de ne pas sombrer dans la béatitude ou l'arrogance. Il me semble que deux contrepoints méritent particulièrement d'être soulevés, pas bien originaux non plus par ailleurs. Premièrement : avec ce pouvoir viennent des responsabilités particulières. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il a le pouvoir de détruire beaucoup de choses, il doit faire particulièrement attention. C'est une règle de base de la déontologie, je ne développe pas. Deuxièmement, plus intéressant : avec ce pouvoir viennent les emmerdes. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il détient un pouvoir, d'autres acteurs -détenteurs ou aspirant à détenir un pouvoir- vont chercher à le lui ravir, ou du moins à le diminuer. L'histoire de la censure est aussi longue que celle de la presse, et Reporters Sans Frontières ne cesse de rappeller, avec son baromètre annuel, que la situation des journalistes dans le monde n'est pas toujours joyeuse : de l'emprisonnement à l'assassinat en passant par l'enlèvement. Et n'allons pas croire que tout va pour le mieux dans nos contrées pacifiées : les méthodes sont moins violentes, mais la volonté de contrôle est bien la même.
 

Commenter cet article

Louis 18/01/2008 17:47

Hé hé oui, l'entraînement à la communication des reponsables fait partie des contrepouvoirs. J'ai tendance à penser que c'est de bonne guerre et que ça fait partie du "challenge".

La conférence de presse à laquelle du fais allusion est effectivement particulièrement consternante, mais ça ne me donne qu'encore plus envie de devenir jounaliste. C'est probablement encore l'idéalisme de la jeunesse, même si je doute qu'on puisse changer tout seul le mode de fonctionnement des médias.

Car c'est bien celà qui est en cause à mon avis : plus que les journalistes eux-mêmes, c'est la façon dont on leur demande de faire leur travail, les contraintes imposées (pour toutes sortes de raisons) qui les ammène peut être peu à peu à un gentil pantouflage.

Je réévoquerai ça plus tard dans cette rubrique "A propos de journalisme".

Solenn 16/01/2008 23:25

"Et il a répondu à mes questions"

Les journalistes ont le pouvoir de faire parler. Bien. Encore faut-il avoir le pouvoir de faire dire des choses vraies, concrètes et intéressantes.

Le pouvoir du journaliste n'est bien souvent qu'une illusion. Les politiques comme les chefs d'entreprises sont désormais rompus aux méthodes de communication. Bien malin, le journaliste qui parvient à les déjouer et délier les langues de bois.

L'impuissance de centaines de journalistes contre le seul Nicolas Sarkozy lors sa conférence de presse le 8 janvier était criante. Les journalistes pouvaient bien s'enorgueillir d'avoir posé une question, la réponse les a, pour la plupart, roulés dans la farine.

Les médias sont chaque jour plus omniprésents et...moins puissants. Leur pouvoir s'éffrite avec leur crédibilité.

Et dire que je veux devenir journaliste ;)

Louis 03/01/2008 11:33

Espèce de rugbyman-sans-coeur-mangeur-d'enfants-et-de-potée-auvergnate !

François 02/01/2008 16:27

Un journaliste est né! snif...je verse une larme