"Le gouvernement s'est trompé de cible"

Publié le par Louis

J'ai réalisé cette interview tout à l'heure pour mon cours de presse écrite économique. Comme je la trouve intéressante, je me permets de vous la faire partager.

Interview d'Eric Heyer


Eric Heyer est directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE).

index-pouvoir-achat.jpgLe pouvoir d'achat est une des préoccupations majeures des Français, que pouvez-vous nous dire sur sa réalité chiffrée ?

Le pouvoir d'achat, concrètement, c'est l'écart entre l'augmentation des revenus et l'inflation. Il se trouve qu'en France cet écart est positif, c'est à dire que les revenus augmentent un peu plus vite que les prix, donc qu'en moyenne le pouvoir d'achat ne recule pas et a même tendance à progresser légèrement. Mais ce constat soulève deux nuances. La première concerne les chiffres de l'inflation communiqués par l'INSEE, qui sous-estimerait la hausse des prix et qui fausserait donc le calcul du pouvoir d'achat. La seconde, qui est très importante, c'est que lorsque l'on parle de pouvoir d'achat, il s'agit de données macro-économiques, de moyennes nationales, qui gomment les disparités entre les différentes catégories au sein du pays.


Et ces disparités sont fortes en France ?

Tout à fait. Il y a en réalité des catégories qui voient leur pouvoir d'achat reculer, typiquement les ménages les plus démunis, alors qu'au contraire les plus riches l'ont vu progresser, parfois très fortement. En termes financiers la hausse de pouvoir d'achat des uns fait plus que compenser la baisse de pouvoir d'achat des autres, ce qui explique qu'en moyenne le pouvoir d'achat augmente. Mais en nombre d'individus, les perdants sont beaucoup plus nombreux que les gagnants, c'est pour cela que la question du pouvoir d'achat se pose si fortement.


Qu'est-ce qui peut expliquer de telles disparités ?

Cette différence s'explique surtout par des structures de consommation différentes. En effet, les ménages les plus riches ont en proportion plus de dépenses de loisir que les plus pauvres, et on constate par exemple que les prix des biens d'équipement audiovisuel (chaînes Hi Fi, écrans plats, etc.) ont fortement reculé. A l'inverse, les ménages les plus pauvres consomment en proportion plus de produits de première nécessité (viande, légumes, etc.), dont les prix ont le plus augmenté. Enfin, il y a un facteur qui joue beaucoup dans ces disparités : le tabac, dont le prix a explosé ces dernières années. Les catégories les moins aisées consomment beaucoup plus de tabac que les plus riches. Et lorsque l'on retire le tabac des statistiques, on se rend compte que les disparités sont bien plus faibles.


Les mesures du gouvernement pour redonner du pouvoir d'achat aux Français vous semblent-elles adaptées ?

Non. On voit bien que, du fait des disparités, il faudrait cibler les mesures censées redonner du pouvoir d'achat sur les catégories sociales les moins riches. Or le gouvernement s'est trompé de cible puisque les mesures prises depuis l'élection de M. Nicolas Sarkozy ont surtout bénéficié aux plus riches. Le gouvernement a baissé l'impôt sur le revenu, c'est une mesure qui ne concerne que les gens qui sont suffisamment aisés pour payer l'impôt. L'allègement des droits de succession, le bouclier fiscal vont dans le même sens. Il aurait au contraire fallu prendre des mesures qui concernent exclusivement les catégories ayant les revenus les plus faibles, comme par exemple augmenter la prime pour l'emploi (PPE).

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