Pouvoir d'achat: "Le low cost n'est pas la solution"

Publié le par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Sur le même thème que Louis. Deux visions différentes du problème.

Interview de Mathieu KAISER, économiste à la Direction des Etudes Economiques de BNP-Paribas.

L’INSEE a publié mardi les chiffres de l’inflation de décembre, en progression de 0,4% par rapport à novembre et de 2,6% par rapport à décembre 2006. Cette accélération du niveau général des prix explique-t-elle à elle seule le sentiment des ménages français d’une stagnation, voire d’un recul de leur pouvoir d’achat ?

Ce sentiment est justifié pour le dernier trimestre 2007. Le salaire moyen brut (en euros courants) progresse moins vite que les prix, d’où un recul du salaire réel des ménages, en baisse de 0,4% par rapport au trimestre précédent. L’inflation est un facteur très important de la perte de pouvoir d’achat, qui est devenue la principale cause de démoralisation des ménages en ce moment.
De manière plus durable, les inquiétudes sur le pouvoir d’achat viennent aussi de  l’évolution plus faible des revenus des ménages. Depuis 2002, le salaire moyen brut progresse de 2,6% par an, une augmentation plus faible que celle du SMIC horaire (4,5% l'an). Il y a eu un écrasement des grilles salariales vers le bas suite au passage aux 35 heures. Cela joue dans le sentiment de déclassement des classes moyennes. Ce sont elles qui sont le plus fortement touchées par la perte de pouvoir d’achat. Les classes aisées ont elles pu compter sur leurs revenus du patrimoine.

Peut-on déjà estimer l’effet de cette stagnation du pouvoir d’achat sur la consommation des ménages ?

La consommation des ménages a montré des signes très clairs d’essoufflement au quatrième trimestre 2007 : elle a crû de 0,2% seulement contre 0,8% au trimestre précédent. En particulier, les dépenses de biens manufacturés ont reculé fortement sur la période. Or ces dépenses comptent entre 25 et 30% dans la consommation totale des ménages.
Parallèlement, les dépenses énergétiques ont augmenté fortement, surtout en décembre, à cause du froid. Les dépenses de services restent aussi dynamiques. Au total, cela devrait compenser en partie la baisse des dépenses des produits manufacturés.
Ce ralentissement de la consommation des ménages n’est pas sans effet sur la croissance car la consommation contribue à hauteur de 50% du PIB.

A quoi doit-on s’attendre en 2008 ?

On s’attend à ce que l’inflation reste à un niveau élevé début 2008, au moins jusqu’au troisième trimestre. Le pouvoir d’achat des salaires (au premier trimestre 2008) va progresser de façon marginale par rapport au dernier trimestre 2007, le salaire réel n’augmentant que de 0,3%. Sur l’ensemble de l’année 2008, on s’attend à une hausse des salaires réels de 0,4% seulement contre 1,2% en 2007.

Comment peut-on inverser la tendance ?

Le déterminant principal du pouvoir d’achat à moyen terme, ce sont les revenus. Il est donc nécessaire de redresser la croissance moyenne en France et d’améliorer le fonctionnement du marché du travail.
Sur les marchés des biens et des services, une augmentation de la concurrence pourrait faire baisser les prix, surtout pour les services, dont les prix sont très dynamiques (ils progressent de 2,4% en glissement annuel).

Le « low cost » peut-il être un levier pour le pouvoir d’achat, comme le préconise le rapport Beigbeder ?


Il faut veiller à ne pas tomber dans une économie de la déflation. Il est encore plus difficile d’en sortir que de lutter contre l’inflation. La déflation pèse en effet sur l’activité et sur l’emploi. Le low cost, pourquoi pas, mais c’est comme faire des soldes toutes l’année. Est-ce soutenable pour l’économie à long terme ?

Recueilli par L.R.

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Louis 19/01/2008 12:31

Oui c'est assez marrant de voir comme les points de vue peuvent différer selon les interlocuteurs. Est-ce dû au fait qu'on a d'un côté un économiste chercheur et de l'autre un économiste banquier ? Voilà en tous cas de quoi s'interroger sur la notion de "vérité", encore plus relative en économie qu'ailleurs semble-t-il...