Orange (mécanique ?) - il y a aussi des municipales en banlieue

Publié le par François


La résistance comme seule obédience


« J’ai vécu les présidentielles de 2007 comme une honte pour la France et pour la démocratie, un vrai scandale ! » s’insurge Laurent Dupuis : « la campagne avait été fabriquée par les grands médias, il n’y a pas eu de vrais débats, que de la com’ bipolaire ».
Comme plusieurs milliers d’autres, c’est en écoutant François Bayrou qu’il ressent le besoin de l’engagement : « entre les deux tours, Bayrou a dit qu’il voulait faire de la politique autrement avec un nouveau parti transcendant les clivages. Je me suis dit : chiche ! ».

Dans la même semaine, Laurent Dupuis prend sa carte à ce qui est encore l’UDF, va à la Mutualité écouter le leader centriste, et se retrouve suppléant de Séverine de Compreignac aux législatives dans la 7e circonscription du Val-de-Marne. Le duo prend la 3e place du premier tour avec 14% des voix. Laurent Dupuis vient, à 45 ans, de connaître sa première campagne électorale, sa première expérience militante.
Finie la 7e, cap sur Nogent-sur-Marne, cette ville aisée de l’est parisien où la famille Dupuis est installée depuis 5 ans. Laurent entend en devenir le maire, et rompre avec l’étouffante mainmise historique de la droite conservatrice sur cette ville agréable qui compte près de 30.000 habitants.
 

Jusqu’au 18 mars, date du second tour des élection municipales, la vie de Laurent Dupuis ressemble plus au trafic de l’autoroute A4 voisine qu’au tranquille cours de la Marne, point cardinal des Nogentais. Des distributions de tracts sur les marchés aux réunions privées que ses sympathisants organisent chez eux avec quelques voisins, la tête de liste du MODEM déclame le sens de son engagement : « notre équipe se base sur des valeurs, celles de l’humanisme, de l’écoute, du respect, de la démocratie et de l’innovation ». « Nous voulons donner l’image d’un groupe uni et ouvert à toutes le bonnes volontés : les bonnes idées ne sont ni de droite ni de gauche, elles sont au service du bien commun. Nous voulons faire passer le message de notre compétence et de notre savoir-faire pour mener la ville de Nogent » ajoute-t-il. Et Laurent Dupuis sait ce que sont le management et l’innovation.
 

Né à Paris, ce père de deux enfants âgés de 8 et 12 ans a fait ses études à l’ESC (Ecole supérieure de commerce) de Rouen, avant de partir en coopération à Chicago. Rentré en France, il travaille pour Unilever avant de devenir son propre patron, en 1992, date à laquelle il fonde sa PME de conseil en stratégie de l’innovation pour les entreprises. 

Seules cinq personnes, des voisins, ont ce soir là répondu présentes à l’invitation de Martine Prunier à venir chez elle pour écouter et découvrir le candidat du parti bayrouiste à la mairie. Tout juste retraitée du service de presse d’Air France, la directrice de communication de la campagne de Dupuis a elle aussi tourné à l’orange au printemps 2007. « Je votais généralement UDF pour ses valeurs européistes et libérales, mais je ne suis entrée en politique qu’en rencontrant Laurent, quelqu’un d’ouvert, qui sait écouter les gens, un fédérateur et un leader pour une équipe ». Dans ses pas, elle est partie sur les chemins de la refondation : « il n’y avait que sept adhérents à l’ancienne UDF de Nogent, plus quelques élus. Ils sont tous partis à droite, nous avons créé une section MODEM, et nous sommes désormais 70 ».

« Comme ailleurs, le MODEM est devenu un parti jeune, très dynamique, fédérateur. Les membres de notre liste viennent du centre-droit, du centre-gauche et de Cap 21. Ce qui nous rassemble, c’est cette volonté de travailler ensemble pour nos concitoyens » précise Laurent Dupuis, « pour Nogent, on veut montrer notre capacité à gérer la ville, prouver nos compétences en gouvernance publique », tout en avouant  que « nous sommes plutôt issus de classes moyennes ou aisées, même si nous sommes de tous horizons ».

Insatiablement, Laurent Dupuis présente le programme de « Nogent passionnement » tout au long du défilé d’un power-point. Debout, cet homme de taille moyenne aux lunettes rectangulaires et au front dégarni sous une chevelure poivre et sel essaie de convaincre du bien-fondé de sa démarche d’opposition. En bon conférencier, il s’assure d’être bien compris, de répondre aux questions avec précision comme pour affirmer qu’il connaît bien ses dossiers.

Ce qui ne l’empèche pas de lancer quelques piques à l’adresse de ses prédecesseurs : « le maire sortant a fortement augmenté les impôts en se cachant derrière de fausses raisons, il fait primer ses interêts sur ceux de la commune et c’est un roi du clientélisme. Nous, nous voulons remettre l’homme au centre des politiques publiques, ne pas faire de démagogie ».

Interrogé sur ses ambitions, le discours se fait direct et persuadé : « la victoire, c’est tout ce qui nous interesse, et nous pouvons le faire. L’équipe est compétente, soudée. En plus, il y a trois listes à droite qui se tirent systématiquement dans les pates. Et comme le PS, même rose pale,  n’a aucune chance de gagner ici, cela nous ouvre une fenètre de tir. En tout cas, nous y croyons et nous mettons toute notre énergie dans la bataille ». Reste à convaincre les électeurs d’une ville conservatrice de faire le grand saut au centre. Pour mettre en avant ses valeurs, l’équipe Dupuis a choisi l’abeille comme symbole : « nous voulons retrouver le travail en équipe et le sens de la collectivité, comme dans une ruche ». Pour cela, Laurent Dupuis décline invariablement ses « trois R » : rassemblement,  renouvellement, refondation démocratique. 

Mais surtout, Laurent Dupuis rappelle qu’il pourrait retourner très vite de là d’où il vient : « si je ne croyais pas en cette équipe, je retournerais dans ma PME, je ne suis pas un politicien. L’engagement en politique est dur, on se fache avec des gens, on en rencontre beaucoup d’autres. Mais la campagne,  c’est comme avoir deux temps-plein en même temps, une vraie course de fond. C’est difficile pour ma famille qui ne me voit pas beaucoup en ce moment. J’ai déserté mon club de tennis de table et ranger le vélo jusqu’à nouvel ordre ». Mais pour lui, le jeu en vaut la chandelle : « les gens sont sensibles à l’innovation, au langage vrai et à des engagements réalistes ». En attendant de faire de Nogent-sur-Marne « la ville phare de l’est parisien », Laurent Dupuis entend faire briller son auréole orangée.

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François 01/02/2008 13:12

Je pense que tu peux t'en charger mon cher Louis. Les gens qui habitent en banlieue ont bien le droit au travail, dans l'ombre du travail (très bon d'ailleurs) de nos camarades de muniparis. Vive, Champigny, vive asnières, vive Gennevilliers

Louis 01/02/2008 11:07

Enjoy le titre !
Sinon le portrait est bien dressé, agréable à lire autant qu'informatif.
A quand un portrait du maire de Gennevilliers dont l'enjeu est de savoir si il repasse au premier tour ou pas ? ;)