Cette fois, ça sent le souffre. On a beau disserter (et moi le premier), sur la beauté du tournoi des VI nations, sur les valeurs du rugby, à un moment où à un autre vient le
temps de la vérité. Et il n'est de vérité plus crue, plus âpre, plus acide, que celle d'un France-Angleterre.
Le contexte est tout trouvé: d'un côté, une équipe de France séduisante mais un peu fragile sur la voie d'un hypothétique grand chelem, de l'autre, un XV de la rose qui a du mal à se dire
qu'il n'est plus qu'un rouleau-compresseur rouillé et qui s'est incliné à domicile contre le Pays de Galles avant de gagner chichement en Italie. On est tenté de se dire que la venue de la
perfide Albion (Albion est le géant grec tutélaire de l'île de Grande-Bretagne) au Stade de France le samedi 23 février prochain (et en prime time !) permettra de prendre une revanche sur la
désillusion de la demi-finale de la Coupe du monde.
Mais voilà, ce n'est jamais si simple le sport, même à haut niveau. Car les Anglais sont, et il faut bien, la gorge serrée, le reconnaître, toujours dangereux lorsque on les prend de haut. En un
instant, cette équipe solide mais sans génie peut se transformer en machine de guerre, et les Français doivent s'en souvenir. L'hiver dernier, à la même période, nous faisions les coqs en calculant
à l'avance la raclée que nous allions leur infliger dans leur temple de Twickenham. Résultat, une défaite 26-18 et un Grand Chelem imperdable perdu. Et si la plaie du mondial était coterisée, je
reparlerais de cette immonde soirée d'octobre.
Bref, il faut toujours se méfier des Anglais, surtout quand on ne les attend pas. Concepteurs de ce jeu, ils en maitrisent les méandres (sportifs et extra-sportifs) mieux que quiconque et sont
passés maître dans l'art de régler le cursus du fair-play, notamment quand vient le "crunch time" comme la presse londonienne surnomme ces magiques France-Angleterre, ses batailles finissantes sur
de cyniques "good game" de la part de nos adversaires, où de Marseillaises endiablées. Car la seule chose qui importe dans ce match, c'est de gagner (au diable la manière !), contre les
apotres du "win ugly", pour venger le pêché originel (non, je ne parle pas de Jeanne d'Arc), celui de la condescendance héréditaire de ses fils d'aristos pour les paysans et les ouvriers bourrus du
sud-ouest français, renforcés par quelques médecins: les britanniques se veulent plus coubertinistes que Coubertin !
Commentaires récents