Boulevard 117

Blog collectif des étudiants de l'Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris. Reportages, papiers, chroniques, actualités de l'école.

117 boulevard St Germain
75006 Paris

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Mercredi 16 janvier 2008
par MB, QG, CL

Voilà la grande enquête publiée dans l'Express édition internationale en janvier. Je voulais la mettre en ligne avant mais la vie et les femmes....

Si Chine comprend comment le blog marche, elle rajoutera des photos.

"Les ruelles de terre, les toits de tôle, la déchetterie à ciel ouvert, Radia ne les verra plus. Elle aurait pu partir depuis longtemps grâce à l’argent gagné par sa petite entreprise de couture. Mais il n’y avait aucune possibilité de louer un logement plus décent. Et accéder à la propriété sans une assise financière importante, elle ne pouvait y compter. C’est à 53 ans qu’elle va enfin quitter le bidonville de Bermoussi à Casablanca. Une chance qui, pour elle, met fin à une situation qui demeure le lot de nombreux marocains.

Entre bidonvilles, habitat clandestin et logements insalubres, ils seraient cinq millions de personnes sur les quinze vivant en milieu urbain à ne pas habiter dans des conditions décentes. D’où la priorité donnée par Mohammed VI à la lutte contre la pauvreté, notamment dans le cadre de l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain), le « grand chantier de règne » annoncé en mai 2005 et lancé à coups d’inaugurations royales dans tout le royaume.

Si les médinas témoignent d’une longue tradition marocaine en matière d’urbanisme et d’architecture, c’est une toute autre histoire s’agissant du logement social. Le concept en a émergé en 1999 seulement dans le pays. Et la production de ce type de logement n’est pas encore tout à fait rôdée. Malgré des efforts notables. Soucieux de favoriser l’accès au crédit bancaire des populations les plus précaires, l’Etat a notamment constitué des fonds de garantie. Crée en 2004, le Fogarim (Fonds de Garantie pour les revenus irréguliers et modestes affecté aux logements sociaux) décolle réellement aujourd’hui. Son objectif - 30 000 prêts par an - est jugé accessible par les spécialistes. «Le démarrage de ce fonds a été problématique, mais désormais un marchand ambulant peut accéder à la propriété d’un logement sans épargne préalable», assure Taoufik Hejira, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme dont les services «travaillent directement sur la pauvreté». Un autre fonds de garantie créé par l’Etat, le Fonds Solidarité Habitat, repose, lui, sur une idée simple : utiliser, essentiellement par le biais d’une taxe sur le ciment, les ressources engrangées par la croissance du secteur du bâtiment pour financer des travaux de rénovation de l’habitat insalubre.

Premier propriétaire foncier du pays, l’Etat a mis également 9400 hectares à disposition des promoteurs, privés et publics, pour construire de grands projets d’habitat et d’urbanisme. Une initiative opportune pour un secteur qui a toujours manqué de terrains disponibles au sein des grandes villes.
Mais c’est sans doute le très médiatisé programme Villes sans Bidonvilles qui symbolise le mieux la lutte gouvernementale contre l’habitat précaire. Lancé en 2004, ce projet de 2 milliards d’euros vise à l’éradication de tous les bidonvilles en 2010. Sur 68 projets lancés, 26 ont été achevés, sortant quelques 400 000 marocains de leurs taudis. Si, comme l’admet Taoufik Hejira, le programme « ne marche pas encore sur des roulettes », huit agglomérations, dont Meknès, Khoribga, Beni Mellal et Azrou, ont déjà pu être déclarées «Villes sans Bidonvilles» en 2007.

Reste que les mesures prises par le gouvernement connaissent des limites très claires. L’aide fournie par les différents fonds de garantie s’avère souvent insuffisante pour permettre à ceux qui en ont besoin d’accéder à un logement social. Les bénéficiaires du FOGARIM doivent en effet fournir une avance de 20 000 à 30 000 dirhams (2000 à 3000 euros) pour réserver leur place dans un projet, une dépense que le fonds gouvernemental ne couvre pas. C’est alors à la société civile de prendre le relais, notamment par le biais des associations de micro crédit. La Fondation Zakoura micro-crédit a ainsi créé en 2004 le prêt logement, qui permet aujourd’hui à Radia, bénéficiaire du Fogarim, d’accéder à un logement plus grand, et de quitter le bidonville de Bermoussi. Mais beaucoup ne connaissent pas l’existence de ce micro crédit supplétif souvent indispensable.

La répartition géographique des programmes de logements sociaux constitue un autre problème majeur. Cinq des seize régions du pays en concentrent plus de la moitié. Tête de liste, le Grand Casablanca bénéficie du plus grand nombre de projets. Ce déséquilibre dessine en creux les oubliés de la ruralité dont l’exode est  à l’origine de l’engorgement de zones urbaines déjà surpeuplées. Pour Leïla Akhmisse, directrice du développement de la Fondation Zakoura micro crédit, la seule issue pour sortir de cette impasse, «c’est la construction en milieu rural », qui pour l’instant n’est pas assez valorisée.
La sécurité des logements sociaux constitue un autre casse-tête, comme  l’admet Taoufik Hejira lui même. Certes, le système est théoriquement immunisé grâce à des procédures de construction très verrouillées. Mais la présence des pouvoirs publics varie très fortement d’une ville à l’autre. Et par là même le respect des normes en vigueur.
Mais c’est surtout en matière d’accompagnement social que le bât blesse. Nombreux sont les individus qui refusent de quitter leur baraquement au profit d’un logement. En invoquant toujours les mêmes motifs : la perte des liens sociaux qui unissent les habitants des bidonvilles, la petitesse des logements proposés, l’absence de transports, de crèches, de dispensaires...Si le programme Villes sans Bidonvilles, qui concerne 83 villes, a fait preuve d’une certaine efficacité dans l’éradication de nombreux baraquements et dans la reconstruction, l’accompagnement social de la population laisse à désirer alors qu’il est décisif pour éviter la reconstitution des bidonvilles. Les associations auxquelles cet accompagnement est sous-traité - c’est l’innovation majeure de l’INDH - sont encore trop peu nombreuses. Dans la municipalité de Tétouan par exemple, seules deux personnes coordonnent les aspects sociaux de la quinzaine de projets en cours. Les autorités n’ignorent pas cette faiblesse, mais aucune solution réelle n’a encore été mise en oeuvre à l’échelle nationale.

Une autre difficulté ralentit le relogement des bidonvillois : le prix d’accession à la propriété. Théoriquement, le logement social ne doit pas dépasser les 100m2 et les 200 000 dirhams (20 000 euros). Dans les faits, le prix de vente peut être bien plus élevé. Principaux responsables: l’attrait spéculatif du secteur et le développement de pratiques commerciales malsaines. La pratique des dessous de table tout au long de la chaîne est telle que certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une « mafia du logement social ». Cela peut aller du commercial, qui réclame en moyenne 4000 DH (400 euros) pour réserver un logement, au promoteur, qui annonce des prix supérieurs aux 200 000 DH légaux et en fait supporter le surplus à l’acquéreur. Atteignant parfois 80 000 à 120 000 DH, la somme est impossible à réunir pour une population très faiblement bancarisée, et dont le revenu mensuel moyen s’élève à 845 dirhams (84,5 euros) par mois.

Soucieux de donner un coup de pouce à la construction dans ce secteur, l’Etat avait pourtant consenti aux promoteurs d’avantageuses exonérations fiscales. Seule condition pour y avoir droit : la construction dans plusieurs régions d’un minimum de 2500 unités sur cinq ans. Mais aujourd’hui, le secteur est en plein boom et la tentation est grande de bâtir plus, et donc plus cher, pour les classes moyennes que pour les très pauvres. Début novembre, l’Etat est donc revenu partiellement sur une  mesure incitative qui, au fil du temps, a pris l’allure du cadeau fiscal. Désormais, les promoteurs ne seront plus exonérés de l’impôt sur les sociétés, mais se verront appliquer un taux inférieur à celui du droit commun. «Simple retour à l’équité fiscale», estime le gouvernement. « Coup dur porté au secteur », se lamentent les promoteurs. Fadoua Ghannam, journaliste spécialisée dans ces questions à la Vie Economique, n’y voit que des « protestations de façade (…) qui ne changeront rien à l’investissement dans un secteur hautement spéculatif».
Trois ans après le lancement de l’INDH, le logement social risque-t-il de ne pas toucher sa cible du fait de la corruption, des dessous de table ou de la spéculation foncière ? Depuis longtemps, les bidonvilles ne sont plus l’apanage des plus pauvres. «Seuls 20% des bidonvillois sont vraiment des pauvres. Les autres, petits fonctionnaires, policiers, enseignants, y vivent par défaut car le marché ne produit pas de logements appropriés», estime Taoufik Hejira. Une estimation qu’une visite sur le terrain a vite fait de confirmer. Dans le bidonville de Bermoussi, la tôle ondulée rappelle de l’extérieur la nature du lieu. Mais l’intérieur des baraques n’est pas loin de faire penser à des logements ordinaires.

Face à une situation difficilement tenable à long terme, l’Etat dispose de quelques leviers, au premier rang desquels une action sur l’offre immobilière qui consisterait à favoriser le développement d’un secteur en crise : le moyen standing. Car entre le logement social et le luxe, il n’y a rien. Ou presque. Du coup, faute d’une offre suffisante, les classes moyennes se déversent sur l’habitat social. Le ministre de l’Habitat a donc récemment invité les opérateurs du secteur à s’engager dans une stratégie de « diversification de l’offre ». Cela suffira-t-il ? Certains en appellent à une véritable politique étatique en la matière, qui passerait notamment par la mise en place de carottes fiscales, ou encore par la mise en valeur du locatif. Un secteur quasi-inexistant dans le royaume faute d’un cadre juridique adéquat. Et, dit-on, d’un problème culturel qui pousserait les Marocains à ne vouloir être que propriétaires.

Manque d'accompagnements sociaux, inadéquation entre le rythme des démolitions des bidonvilles et celui du transfert de leurs habitants, corruption, spéculation financière...Parfois, les difficultés semblent insurmontables. Mais une rencontre avec des habitants d’un programme de logements sociaux suffit à percevoir une autre réalité. Depuis août, Aïcha est propriétaire d’un 36m2 d’une valeur de 140 000 DH ( environ 13 000 euros) à Madinati. Elle y vit avec son mari. Pour rembourser ses prêts, elle multiplie les petits boulots. Pourtant, souriante, elle répète à qui veut l’entendre « hamdoulilah, la vie va mieux »."



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Mardi 4 décembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po
Un jeune homme mince et de petite taille s’agite dans la salle de rédaction des hebdomadaires marocains Tel Quel (francophone, 22 000 exemplaires) et Nichane (arabophone, 20 000 exemplaires), située à deux pas de l’Ancienne Médina, à Casablanca. Ahmed Benchemsi, énergique directeur de rédaction et de publication, l’œil rieur et la mine complice, arbore un air juvénile qui ne laisse rien paraître de ses trente-trois ans.

Pourtant, le journaliste n’a rien d’un débutant. La naissance de Tel Quel en 2001 a installé Ahmed Benchemsi parmi la génération montante des journalistes indépendants et entreprenants de l’ère Mohammed VI. Comme la plupart de ses confrères, il est arrivé au journalisme « par accident », à force de croiser les rédacteurs d’un magazine dans l’immeuble où il travaillait comme publicitaire. Et a su s’engager dans la voie qui s’ouvrait avec le décès d’Hassan II, en 1999, après quatre décennies de répression des libertés. « A cette époque, je réfléchissais à émigrer aux Etats-Unis, tant mes perspectives de carrière paraissaient bouchées. La mort d’Hassan II m’a fait l’effet d’un verrou qui saute. L’évidence était que je reste au Maroc ».

Etudiant, Ahmed Benchemsi avait déjà pris la tangente. A l’image de la ville qui l’a vu grandir, Casablanca, capitale économique du pays, Ahmed Benchemsi ne tient pas en place et part en France suivre une maîtrise d’économie à la Sorbonne. Quelques années plus tard, après un bref retour au pays pour affiner sa plume dans un magazine culturel, expérience qui ne le convainc qu’à moitié, il retourne à Paris s’inscrire en troisième cycle à Sciences Po. Ses études contribuent à affûter son sens critique et sa « passion » pour la politique. Désormais, c’est certain, en tant qu’observateur, c’est la chose publique qui l’anime.

Sa rencontre au milieu des années 1990 avec Jean-Louis Servan Schreiber sera à cet égard déterminante. Le célèbre patron de presse français souhaite diversifier son activité et s’investir dans un journal marocain à forte tonalité politique et économique. La Vie économique est le défi jeté par Servan Schreiber, qui veut faire de ce quotidien indépendant une référence dans le paysage médiatique marocain. En contribuant à lancer Ahmed Benchemsi, il lui transmet la rigueur dans le traitement journalistique mais également l’esprit d’innovation, le goût pour l’entreprise. « La Vie économique a été mon école de journalisme, et Servan Schreiber mon gourou, mon maître à penser. C’est un véritable visionnaire pour qui j’ai un respect infini » confesse Ahmed Benchemsi.

A la manière du fondateur de L’Expansion, Ahmed Benchemsi, n’a de cesse de vouloir révolutionner la presse marocaine, inventer de nouveaux formats. Après six mois de démarchages auprès d’investisseurs privés pour réunir le capital, auquel participe Jean-Louis Servan Schreiber, il lance Tel Quel, important au Maroc le concept du newsmagazine à l’occidentale. « Benchemsi est plus un patron de presse qu’un journaliste, et par ailleurs un très bon éditorialiste », dit de lui une ancienne rédactrice de Libération spécialiste du Maghreb qui a noué avec lui d’excellents rapports professionnels. Un « patron de choc », qui dirige de main de maître son équipe de rédaction, décide vite, prend des initiatives, n’a pas peur de trancher. « C’est lui le chef ! Quand vous voulez savoir quelque chose sur Tel Quel, c’est lui que vous voyez, et lui seul », raconte la journaliste qui eut l’idée d’un numéro spécial de Libération en collaboration avec l’hebdomadaire lors des élections législatives marocaines en septembre dernier.

Au sein de la rédaction, Ahmed Benchemsi suscite l’admiration. « C’est un grand professionnel, enthousiaste et passionné, qui assume ses choix », juge Sanaa El Aji, journaliste à Nichane, équivalent arabophone de Tel Quel créé en 2006 suite au succès de l’équipe francophone. Elle tient également à rappeler l’attitude de son directeur alors qu’elle était poursuivie par la justice après avoir signé un dossier sur les blagues prisées des Marocains se moquant de la monarchie et de l’islam. « En plus de gérer les aspects juridiques, Ahmed a été très présent sur le plan amical. C’est la personne qui m’a le plus soutenue. Il m’appelait chaque fois que je craquais. Je lui en serai toujours reconnaissante ».

Les procès, Ahmed Benchemsi connaît. Même si Mohammed VI a considérablement libéralisé le régime et étendu la liberté d’expression, certains sujets, à commencer par la monarchie, restent sensibles et sujets à poursuites. Plusieurs fois condamné, le journaliste continue cependant à contourner les codes, tester les limites. « Les lignes rouges sont aujourd’hui beaucoup plus floues que sous Hassan II. C’est une règle : les dictatures sont toujours plus claires que les régimes en transition ! Alors, il faut tenter et voir si ça passe ». C’est ainsi que Tel Quel a pu sans encombre enquêter sur le salaire du roi, alors que ce dernier n’a pas supporté qu’Ahmed Benchemsi emploie l’arabe dialectal pour s’adresser à lui dans un éditorial de Nichane publié l’été dernier. Poursuivi pour « manquement au respect dû à la personne du roi », Ahmed Benchemsi risque aujourd’hui jusqu’à cinq ans de prison. Son procès, sans cesse repoussé, ne semble pas l’affoler. « Cette affaire est une blague ! Ma dernière audience a duré trente secondes. Je ne crois pas être mis en prison, ce serait mauvais pour l’image du Maroc et de la monarchie ».

Pour autant, Ahmed Benchemsi refuse de se poser en opposant systématique au régime. « Ce n’est pas un militant. C’est un immense pragmatique, un vrai libéral qui avance dans l’espace qu’il a, jamais de façon frontale ni violente. En cela, il est emblématique du Maroc, pays de la modération », explique sa consoeur de Libération. C’est donc tout naturellement qu’Ahmed Benchemsi nourrit l’ambition de décrire chaque semaine « le Maroc tel qu’il est », leitmotiv de Tel Quel. « Je veux rendre compte de l’évolution rapide de mon pays, de ses contradictions, ce qui suppose de sortir du manichéisme. Je ne vis pas Tel Quel et Nichane comme des contre-pouvoirs mais comme des révélateurs de la société marocaine ». Sanaa El Aji confirme : « Il refuse tout populisme, prend beaucoup de recul et pèse toujours les pour et les contre ».

Star dans son journal, véritable boule de nerf, jeune patron à succès, Ahmed Benchemsi, a parfois le défaut d’être un peu trop sûr de lui. « Il a un côté « j’écoute pas beaucoup », souvent persuadé d’avoir raison. Bref, il se prend pour Ahmed Benchemsi ! », s’amuse la journaliste française. « La filiation spirituelle avec Servan Schreiber n’est certainement pas anodine… ».

Baptiste Etchegaray
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Mardi 13 novembre 2007
par Amira

Je suis tombée par hasard sur cette vidéo...

souvenirs...

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Vendredi 9 novembre 2007
par Baptiste Etchegaray

A Derb Omar, petit quartier de Casablanca, le centre commercial est un peu particulier. Les gérants sont Chinois, les vendeurs Marocains. Dans cet espace restreint, le mélange des cultures ne va pas toujours de soi.
 

 

 
Du fond de sa petite boutique d’espadrilles, une commerçante chinoise mime un ordre à son employé marocain qui peine à en deviner le sens avant de s’exécuter maladroitement, aidé d’une tape amicale dans le dos par un compatriote. Pas encore de véritable Chinatown à Casablanca, mais un kissaria (en arabe, « centre commercial »), logé dans le quartier de Derb Omar, où des Chinois chaque année plus nombreux revendent à la population locale des marchandises bon marché importées d’Asie, employant des vendeurs marocains peu qualifiés. A l’intérieur de ce modeste supermarché divisé en nombreuses échoppes, Chinois et Marocains cohabitent sur une poignée de mètres carrés, dans un climat de gêne vite perceptible. La barrière de la langue limite les échanges, les premiers parlant très mal l’arabe, les seconds ne connaissant que quelques mots de mandarin. « Je comprends « dépêche-toi ! » en chinois », ironise Jamal, un jeune vendeur de 22 ans. « Et j’ai toujours un mémo au fond de ma poche pour prononcer les chiffres de 1 à 10. Sinon, on parle un arabe francisé qui ne veut pas dire grand-chose mais c’est suffisant pour faire du commerce ».

Jamal, rejoint dans l’allée centrale par ses collègues marocains curieux, affiche un optimisme de façade. Pourtant, les langues se délient rapidement dès lors qu’on évoque les relations avec leurs employeurs. « Ils sont très renfermés et ne font rien pour s’intégrer à la culture marocaine. En fait, ils ne se manifestent que s’ils ont quelque chose à gagner », lâche Jamal. Mohammed, le doyen, employé depuis l’ouverture du centre il y a cinq ans, se veut plus philosophe. « On n’a pas le choix ! Vous savez combien ils sont en Chine ? Ce mouvement n’est pas près de s’arrêter alors mieux vaut s’y habituer dès maintenant ! ». Plusieurs Chinois se sont attroupés et suivent des yeux suspicieux la conversation. « Ils pensent qu’on est en train de vous dire du mal d’eux : il vaut mieux s’arrêter là ! » prévient Jamal, qui tient pourtant à solliciter l’interview d’une jeune commerçante, Xiu Ai. « On l’appelle tous Sonia, c’est plus simple ! C’est la seule qui aime les Marocains et la cuisine locale. D’ailleurs, elle est très mal vue des autres Chinois à cause de cela ».

Xiu Ai, 30 ans, gère un commerce de bibelots dans le kissaria, depuis qu’elle a rencontré le propriétaire du centre, M. Lin, dans sa province du sud de la Chine il y a deux ans. Elle apprend le français et l’arabe en cours du soir, ce qui lui permet de communiquer aisément avec Aicha, l’une de ses jeunes employées, tout en gardant néanmoins ses distances. « Les Marocains ne savent pas bien travailler. Ils ne pensent qu’aux loisirs, aux voyages, à la qualité de vie. Nous, on est beaucoup plus actifs car nous avons l’amour du travail », confie-t-elle discrètement. Son activité professionnelle occupe entièrement le quotidien de Xiu Ai, qui a laissé famille et amis en Chine pour trouver une situation, seule, au Maroc. « La vie n’est pas facile ici, je ne connais presque personne. Je suis venue simplement parce qu’on me proposait un meilleur salaire qu’en Chine, qui fluctue cependant selon les recettes. C’est aussi un joli pays mais je n’ai pas encore eu le temps de le visiter ». Un couple de Marocains d’une cinquantaine d’années admire les vases colorés et les fleurs en plastique de la boutique. Aicha se lance dans la négociation des prix, affichés nulle part. Si le tarif à la vente reste suffisamment élevé, elle pourra obtenir de Xiu Ai un pourboire non négligeable pour compléter son salaire journalier de 50 dirhams (5 euros). « Même s’ils sont bizarres, les Chinois sont plutôt bons payeurs » concède-t-elle le dos tourné.

Quelques Chinois profitent d’un moment de calme pour jouer aux cartes, silencieusement attablés sous le portrait de Sa Majesté le roi du Maroc, Mohammed VI. Agacés par la présence d’un journaliste trop envahissant, les commerçants font signe à l’agent de sécurité d’évacuer le trouble-fête. Jamal sourit, s’approche et, mine de rien, glisse à l’oreille son numéro de téléphone et un petit mot. « Vous voyez, à Derb Omar, la méfiance règne ! ».

Baptiste Etchegaray
 

 

 

 

 
 
 


 

 
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Vendredi 9 novembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Comment est né selwane.com et quel était votre but au moment de la création ?

 

J’ai créé selwane.com en  Juin 2003. Il s’agit d’un portail sur la ville de Salé où j’essaie de raconter tout ce qui se passe dans la ville. J’ai monté ce projet  parce qu’on manque d’informations sur la ville. On en parle que si il se passe des choses extraordinaires et que si il y a des problèmes. Mais le quotidien, les exploits des jeunes, la vie de tous les jours, on en parle rarement. Donc j’ai essayé de faire des couvertures d’évènements culturels (festivals), associatifs ou sportifs. Il y a eu beaucoup de visites sur le site. Il y a de plus en plus de demandes d’informations par des gens de Salé ou d’ailleurs. J’essaie de fournir de plus en plus d’informations, mais là je suis dépassé donc je commence à monter une équipe composée de jeunes de la ville. Nous travaillons en multimédia avec du texte, des photos et des vidéos. On a créé un site spécialisé pour la vidéo : selwane.tv. Nous ne sommes ni journalistes, ni une association, tout ce qu’on fait c’est refléter ce qui se passe sur notre ville.

 

 

Vous êtes sortis du champ socioculturelle à l’occasion de la campagne législative. En quoi votre traitement de la campagne a-t-il été particulier ?

 

Déjà sur selwane.tv nous ne travaillons qu’avec des vidéos exclusives. Pour les élections législatives marocaines nous avons essayé de donner la parole à tout le monde sans contraintes de temps. Nous avons contacté tous les partis politiques, les 36, mais 8 seulement nous ont répondus. Nous avons donné la parole à ceux qu’on n'entend pas trop à la télévision marocaine : les partis qui boycottaient les élections, des associations civiles travaillant sur la santé, les droits des femmes, la corruption, Amnesty International… Nous avons aussi laissé s’exprimer un groupe comme Al Adl Wa Al Ihssan qui est boycotté par les médias publiques . Nous avons enfin donné la  parole aux jeunes car on dit à la télé que les jeunes ne participent pas et sont apolitiques mais nous, nous les avons laissés s’exprimer et s’expliquer.

 

Au vu de son succès, une chaîne comme selwane.tv semble indispensable au Maroc, comment l’expliquez vous ?

 

Il n’existe que deux chaînes d’information au Maroc et elles ne parlent pas de tout. En plus il s’agit de chaînes généralistes donc il n’y a qu’un quart d’heure d’informations toutes les deux heures. Nous, on essaie de faire de notre mieux et de parler de l’information qui se passe autour de nous. Nous sommes plus proches des gens et nous leur donnons la parole. Nous avons déjà été reçus par des gens chez eux en pyjama! Nous avons été accusé de tourner en caméra caché tellement les gens sont naturels sur nos vidéos! Parce que nous travaillons avec une petite caméra familiale, cela diminue le stress. Le message passe plus facilement qu’à la télé où les gens ont tendances à être formatés.

 

 

Quels sont vos soutiens et vos financements ?

 

Nous travaillons bénévolement, nous n’avons pas de soutien, pas de publicité. Tout est payé sur nos fonds propres. Notre objectif ce sont les visiteurs. Et on a de plus en plus de visiteurs qui sont contents et actifs. Certains nous proposent leur article ou des idées de reportage. D’autres nous critiquent et rectifient nos erreurs. Ce qui est important c’est que le nom selwane.com commence à être connu. Nous sommes passé d’un site culturel à un site d’information reconnu. Il y a beaucoup d’évènement que nous sommes les seuls à couvrir, nous avons donc beaucoup d’exclusivités. Clairement pendant la campagne certains journalistes s’inspiraient de nos reportages et les journaux reprenaient nos photos sans toujours nous demander l’autorisation. Mais cela ne nous dérange pas.

 

Avez vous déjà subi des pressions? Vous imposez vous des limites dans les sujets à traiter ?

 

Nous n’avons jamais subi de pression. Nous sommes plus libre dans le choix de nos sujets que les médias classiques. Nous décidons de notre propre ligne éditoriale et de nos propres lignes rouges à ne pas dépasser. Il ne faut pas offenser les gens, ne pas mentir. Nous n’avons pas besoin d’être un journaliste pour respecter cela. Cela faut partie de nous en tant qu’humain tout simplement. On dit des choses qui sont vraies,  qui dérangent parfois mais nous n’avons jamais eu de retombées. C’est difficile de censurer internet. Nous sommes aussi libre de toute publicité et donc aucun annonceur ne peut nous faire de pression. Nous sommes libre.

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Jeudi 8 novembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po
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Reda Allali : « S’engager, c’est d’abord se défendre »
 
Reda Allali est le leader du groupe marocain Hoba Hoba Spirit, principale tête d’affiche au Maroc. Depuis 10 ans, le groupe s’est forgé une réputation qui va désormais bien au delà du royaume, grâce à ses textes caustiques et sa musique « haya », terme qui désigne en fait le mélange des genres, entre rock, reggae, musique gnawa… Ingénieur informatique de formation, Reda Allali se consacre désormais à la musique et tient une chronique dans Tel Quel, le principal hebdomadaire marocain. Nous l’avons rencontré dans un café chic de Casablanca. La trentaine, barbe de trois jours et casquette vissée sur le crâne, il a répondu à nos questions sur le Maroc d’aujourd’hui et son rapport à la création artistique. Détendu, il n’hésite pas à rester silencieux pendant trente secondes, pour réfléchir, avant de répondre..
 
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Que signifie appartenir à un groupe de rock comme Hoba Hoba Spirit aujourd’hui ?
 
Réda Allali. On a passé les années 1970 où les groupes devaient participer au changement de société. Nous, maintenant, on pense que le changement viendra dans la tête de celui qui nous écoute. Ici, il y a des gens qui s’opposent très violemment contre ce qu’on fait, mais au moins on a posé le débat et on en est très heureux.
 
Vous avez l’impression que la société marocaine est prête à écouter ce débat ?
 
Le problème, c’est qu’il y a beaucoup de sujets sous-couverts. Quand je regarde des films marocains, je suis toujours surpris par le décalage immense entre ce qu’on nous montre et la culture marocaine. On n’est quand même pas aussi sinistres ! Il y a une culture de la tchatche, de la rigolade ici. Moi j’aime bien mon pays, j’ai de la tendresse quand je le regarde. J’ai l’insolence de critiquer ce que j’aime. Par exemple, il y a un morceau dans le nouvel album [NDLR : le troisième album du groupe sortira en mars 2008] dans lequel on dit « Il se passe quelque chose mais on ne comprend pas quoi ». On est dans une situation bizarre aujourd’hui : j’ai une petite fille, il y a des jours où je suis optimiste pour elle, d’autres où je suis pessimiste.
 
On compare souvent le Maroc d’aujourd’hui à l’Espagne de la fin des années 70, avec une société en avance par rapport aux politiques…
 
Il faut qu’à un moment les intellectuels ou politiques mettent des concepts sur ce qui se passe pour que cela puisse s’apparenter à un mouvement social ou politique. Par exemple, quand un concert de rap déchaîne des accusations de sionisme, d’homosexualité, en vrac, cela s’appelle juste défendre la liberté d’expression. Mais je ne connais pas grand monde autour de moi qui défende ces concepts. Dès que tu parles de liberté, on te parle de respect, ce qui en fait veut dire soumission. Au Maroc, on a un problème en terme de valeurs, avec des gens qui ne conceptualisent pas. Et quand ils le font, ils n’assument pas. Encore un autre exemple : on a une société qui va vers un délire sexuel de plus en plus intense mais qui a inventé une industrie de la virginité. Donc faire mais ne pas dire. C’est aussi grave.
 
Et quand vous chantez « Je danse sur la tête du système » dans une de vos chansons, cela ne vous pose pas de problème ?
 
Il n’y a rien de polémique dans ce que j’écris. Pour moi, quand je dis « Je danse sur la tête du système », il n’y a rien dedans. C’est parce que vous [les Français] arrivez avec une idée du combat. Par exemple, je suis un artiste français, j’ai mon statut d’intermittent, je suis bien, si je suis malade je vais à l’hôpital. Et puis tu te réveilles le matin et tu te dis, « Ah, j’irais bien m’engager » et tu vas voir les sans abris, les sans papiers. Et donc tu fais un sacrifice énorme et tu fais un concert, en général sur TF1, sur la tolérance, avec 20 millions de téléspectateurs. Là tu es un mec engagée, un héros de la lutte contre l’affreux capital. Mais chez nous c’est pas pareil, c’est ta gueule que tu vois dans le journal, avec des gens qui disent « Ce mec là n’est pas un bon musulman, c’est un danger pour la société, il faut le faire taire, il est manipulé par les sionistes ». Donc ici, s’engager, c’est d’abord se défendre.
 
Donc vous ne revendiquez pas un quelconque rôle vis-à-vis de la société ?
 
Nous on est sur le terrain de l’action. Pourquoi ? Parce que tous les fascismes commencent par la culture. En France, quand tu regardes un film qui ne te plaît pas, il n’y a personne qui dit « Ce film ne me représente pas ». Chez nous, on dit «Hoba ne représente pas le Maroc », comme si tout le monde devait représenter tout le monde. On a très peu de maturité vis-à-vis de la création artistique, subjective, et d’une réalité à un instant T, que tu as envie de voir avec tes yeux propres. Parce que l’identité marocaine est encore fragile. C’est d’une formidable hypocrisie. Par exemple, on estime qu’une prostituée met en danger le pays. On en est là.
Après, nous, on est des musiciens, pas un parti politique, pas l’opposition au PJD [Parti Justice et Développement, les islamistes modérés] ni une force de proposition. Il y a un morceau où on dit « Ne me mettez pas un poids sur les épaules pour me dire qu’il est trop lourd pour moi ». En fait, on se retrouve en première ligne mais on n’a pas vocation à cela. C’est parce que la première ligne est loin derrière.
 
 
Propos recueillis par Louis, François, Anne-Laure et Charlotte
Photos: François et Hoba Hoba spirit
Mise en forme: Sylvain
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Jeudi 8 novembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Maroc ■ Dans le sillage du roi Mohamed VI, le pays entend se moderniser via de grands projets structurants.

 

 Le Maroc et la stratégie des petits pas 

 

             

    Guichet administratif unique, régime douanier spécial, exonération des droits d’enregistrement, de taxe sur les dividendes, de TVA sur les produits importés ,de patente et de taxe urbaine pendant 15 ans, d’impôt sur les sociétés pendant 5 ans… La liste est bien longue de ce qu’offre la zone franche de Tanger aux investisseurs étrangers. Sans oublier une grille des salaires qualifiée d’ « attrayante » par la plaquette de la société qui gère le site, et qui détaille les conditions de travail idylliques offertes aux patrons désireux de délocaliser leurs entreprises vers une de ces zones « offshore », au régime économique spécial. On y trouve pêle-mêle une « main d’œuvre abondante et qualifiée », « un absentéisme inferieur à 4% », un « temps légal de travail de 44 heures », ou encore une productivité équivalente « à 90% de celle des pays industrialisés ». De quoi faire saliver les entrepreneurs à la recherche de marges et alimenter les sombres tableaux  que dépeignent les altermondialistes. Il est vrai qu’avec une échelle des salaires s’étalant de 200 euro pour un ouvrier non spécialisé à 1.000 euro pour un cadre, on serait tenté de jeter l’anathème sur ce paradis de l’ultralibéralisme. En l’occurrence, sur le Maroc.


 

               Mais, lorsque l’on parle du Maroc, il ne faut point emprunter de raccourcis hâtifs. Etre un pays arabe sans pétrole n’est pas chose aisée, et le royaume doit donc chercher des voies de développement qui lui soient propres, sans compter sur une quelconque rente. Ce qui passe par l’attraction de capitaux étrangers, au premier chef de ceux des entreprises européennes. Avec une croissance qui devrait bondir de 3,8% en 2006 à 5,8% en 2008 (chiffre officiel du Centre marocain de conjoncture), le royaume alaouite est en plein boom économique, et ce malgré un chômage qui demeure toujours bien au-delà du chiffre officiel de 10%.

 

            Tanger Med, immobilier et TGV  

 

            Outre la capacité à attirer des sociétés étrangères qui font du profit sur son sol

(comme les call centers, dont le chiffre d’affaire de 150 millions d’euro a enregistré une croissance de 33,5% en 1 an), cette industrialisation s’appuie essentiellement sur une politique de grands travaux que le roi Mohamed VI veut structurant pour son pays. L’énorme projet portuaire « Tanger Med », dont la réalisation a commencé depuis 2003, verra le Maroc se doter du quatrième port marchand en Méditerranée  d’ici à 2012. Ce projet, pour un coût de près de 2 milliards d’euro, créera, selon le maître d’ouvrage,  « 25.000 emplois directs, et plus de 250.000 emplois indirects ». C’est aussi lui qui a définitivement convaincu Renault et EADS de venir s’installer dans une région, à seulement 15 kilomètres de Gibraltar, où les immenses projets immobiliers en construction côtoient des clandestins qui ne rêvent que du vieux continent.

 

              Dans la foulée, la Maroc s’est porté en octobre acquéreur d’une ligne TGV qui reliera Tanger à Marrakech entre 2012 et 2015. Un chèque de 3  milliards d’euro ira grossir les comptes d’Alstom, qui a également été retenu (sans appel d’offre) comme constructeur du tramway Rabat-Salé, un projet nouveau en Afrique, et qui entre dans le cadre de l’aménagement des rives du fleuve Bouregreg  (qui coule à Rabat) pour 3,7 milliards de dollars. Ajoutés à cela deux autoroutes récemment achevées (Casablanca-Marrakech et Rabat-Tanger), un grand stade de 69.000 places et une candidature de Tanger pour l’exposition internationale de 2012, et le pays se veut un modèle de développement construit, maitrisé, structurellement stable et diversifié. Le secteur agricole y représente 15%  du PIB, l’industrie 29%, et le secteur tertiaire (commerce, transports, communication, tourisme et administration) 54%. Si l’on se fit à la maxime populaire « quand le bâtiment va, tout va », alors le Maroc se porte bien, puisque ce sont près de 110.000 emplois nouveaux, sur un total de 300.000, qui ont été créés dans ce secteur, selon les chiffres du Ministère des Affaires Générales.

 

              Avec les exports de phosphate, d’acier et de produits manufacturés, les trois autres grandes rentrées de l’économie marocaine proviennent du tourisme (entre 3,5 et 4 milliards d’euro par an), du secteur informel ( qui, selon une étude de l’Université de Casablanca, concentre 39% des emplois non agricoles), et des fonds transférés vers le royaume par les nationaux résidents à l’étranger, soit plus de 4 milliards d’euro de ressources par an.

 

            60% des marocains ont moins de 25 ans

 

            Toutefois, dire que tout va bien pour les sujets de Mohamed VI serait un non sens. La balance commerciale est déficitaire, avec un solde négatif de 9,5 milliard de dirhams (entre 8,5 et 9 milliard d’euro). L’immigration vers le Nord se poursuit, même si de plus en plus de diplômés rentrent au pays après leurs études. Le chômage demeure fort, touchant (officiellement) près de 15% des urbains, qui constituent la moitié de la population du royaume chérifien. Les nombreux quartiers populaires et bidonvilles qui germent en périphérie des grandes villes servent ainsi de terreau aux idées islamistes, et la défiance envers les politiciens y est grande, notamment chez les jeunes ( 60% des 32 millions de Marocains ont moins de 25 ans). Seuls 37% des électeurs se sont déplacés lors des élections législatives de septembre. Reconduite au pouvoir, la coalition anti-islamiste ne jouit donc que d’une faible légitimité, d’autant plus que c’est au roi qu’appartient la réalité des pouvoirs. Mohamed VI, dont les orientations sont contestées par les islamistes (réforme du code de la famille) comme par une gauche qui réclame davantage d’écoles et d’hôpitaux, conserve malgré tout l’attachement de ses sujets, en tant que chef d’Etat et que commandeur des croyants.

           

            Mais, pas dupes, les Marocains attendent des changements concrets, espérant que la locomotive mise en marche par leur souverain via la politique de grands travaux tractera tous les wagons de l’économie marocaine vers plus de richesse, et surtout plus d’équité  ■

François, pour le cours de presse écrite-éco

              

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Mercredi 7 novembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Ahmed Reda Benchemsi, Rédacteur en Chef des magazines Tel quel et Nichane devait comparaître, à nouveau, aujourd’hui pour « manquement de respect au Roi » après avoir publié un éditorial dans lequel il interpelle Mohammed VI, en derja et lui demande : "fine ghadi bina ya khouya" autrement dit « où nous emmènes tu mon frère ? ». Rencontré à Casablanca, il y a quelques jours, l’avocat d’Ahmed Reda Benchemsi, M. Chehbi, avait l’air assez confiant et prévoyait même un éventuel nouveau report du procès…. Plus de détails de l’affaire en fin de journée sûrement…

Ce n’est pas la première fois que Tel Quel et Nichane ont été confronté à des déboires judiciaires. A Casablanca, nous avons aussi rencontré Sanaa Al Aji, la journaliste de Nichane qui avait provoqué un tollé en publiant un dossier sur la pratique des blagues au Maroc. Pour avoir égrené le dossier de quelques blagues portant « atteinte aux valeurs sacrées », elle a écopé de trois ans de prison avec sursis. Surveillée de près lors de l’affaire Nichane, Sanaa, qui a reçu des menaces de mort, a dû supporter la protection d’un garde du corps pendant les deux premiers mois. Dix mois après, Sanaa n’a pas perdu l’audace et la vivacité d’esprit qui la caractérisent.

Près d’un an après avoir été condamnée pour avoir publié des blagues ne faisant pas vraiment rire le pouvoir marocain, Sanaa continue d’en raconter volontiers. Une de ses préférées met en scène Mohammed VI dans l’au delà. Le Monarque recherche son père et se dirige naturellement vers l’Enfer. Surprise point de Hassan II dans la géhenne. Hassan II est également introuvable au Paradis. Interloqué, Mohammed VI décide donc de remettre à Dieu la photo de son père afin qu’il lui indique où il se trouve. Réponse du Tout Puissant : « ah non…celui ci ce n’est pas moi qui l’ai crée !… ».


Amira
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Mercredi 7 novembre 2007
par Ecole de Journalisme de Sciences Po

Savii.JPG

 

Un samedi après-midi du mois d’octobre, une femme arrive au salon de beauté du quartier de Mers Sultan, à Casablanca. Les cheveux blonds décolorés et la mine sombre. Dodue, mal fagotée, enveloppée dans une djellaba kaki, elle cache mal son mal être, on se dit qu’aucune des employée du salon ne peut rien pour elle.

 

Savitri, la patronne indienne du salon, la confie à un de ses coiffeurs. Le regard de la cliente en dit long sur ses espoirs. Le sort de ses cheveux est désormais entre ses mains…Shampoing, soin, brushing au programme…

 

Pendant ce temps, Savitri s’affaire et motive ses troupes. Drapée d’un sari rose et orange, Savitri, restée très coquette, parle un marocain et un français parfait. Une maîtrise des langues qui la rend encore plus charismatique. Tour à tour reine de la ruche et chef d’orchestre, elle donne le la dans le salon. Les « Fatiiiima ! » qu’elle lance à tout va pour que son employée lui apporte un crayon noir, une barette ou une pince à sourcil rythment la vie du salon. La Fatima en question s’exécute avec un air qui trahit à la fois beaucoup de respect mais aussi une certaine peur de sa patronne.

 

Savitri qui dirige ses employés avec fermeté et bienveillance confie qu’il n’est pas toujours facile de travailler avec des Marocaines, souvent lentes et derrière lesquelles il faut toujours être. Mais pour rien au monde Savitri ne quitterait le Royaume. Cette ancienne employée de L’Oréal qui a vécu tour à tout en Espagne, en France et en Inde a élu domicile depuis plus de 50 ans au Maroc où elle a fait un mariage d’amour. Ni la lenteur de ses employées, ni les tracasseries administratives, ni le retard terrible que prennent les travaux de rénovation de son salon n’ont réussi à lui faire baisser les bras. Savitri se fait une raison : « être une femme, immigrée et qui travaille au Maroc, pas facile tous les jours »…

 

Au Sonibel’s center, pas d’horloge, pas de carnet de rendez-vous, pas de téléphone qui hurle. Pas de publicité pour un ultime produit miracle au mur. On attend son tour, ou pas. Et personne ne bronche. On est là pour prendre son temps… Savitri suspend le temps et nous propulse des années en arrière en nous relatant les débuts et les moments de gloire de sa carrière. La « petite Indienne », comme elle aime appeler la jeune fille qu’elle fut, a fait parler d’elle jusqu’à recevoir un jour un appel du Palais royal l’exhortant à venir transformer, de ses mains magiques, une des filles de Hassan II. Consécration suprême pour Savitri, la princesse souvent dédaigneuse vis-à-vis des esthéticiennes, coiffeuses et maquilleuse, reconnut son art et l’adopta.

 

La femme aux cheveux ternes du début interrompt les souvenirs de l’Indienne marocaine. Elle est transformée. Aussi bien psychologiquement que physiquement… Sa nouvelle coupe et la souplesse retrouvée de sa chevelure font d’elle une nouvelle femme. Son visage affiche un sourire radieux, ses yeux brillent du bonheur retrouvé et inestimable de se trouver belle. Elle tient à remercier Savitri. Elle lui déverse un flot de compliments ininterrompu avec un accent qui rappelle étrangement celui de Gad Al Maleh… Sa joie est contagieuse… La thérapie par la beauté, on adhère complètement !

 

 

Sonibel’ Center

23 rue Houdoud

Casablanca

Tel : 022 49 18 98

Mail : Sonibel27@yahoo.fr


Marie et Amira.

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Mercredi 7 novembre 2007
par Louis
Keep banging
Keep banging on the wall of Fortress Europe

Asian Dub Foundation - Fortress Europe

Des ombres se faufilent entre des containers, s'arrêtent, restent tapies plusieurs minutes à l'abri des projecteurs, puis repartent. Il est minuit sur le port de Tanger. Depuis la plate-forme qui surplombe les quais d'embarquement des ferry pour l'Espagne, nous assistons à un étrange manège. L'immigration illégale prend ici un visage très concret, celui des candidats qui tentent sans relâche de franchir les dernières barrières qui les séparent de l'Europe.
 
 

Pourtant, jusqu'au terminal de départ, les contrôles de police ne semblent pas très stricts. Nous avons franchi sans encombres les trois barrages établis dans l'enceinte du port, bien que notre présence à cette heure avancée soit plus que suspecte. Le dernier ferry a en effet levé l'ancre il y a plus d'une demi-heure et le prochain ne partira pas avant l'aube.

 

Les allées, éclairées comme en plein jour, sont presque vides. Quelques rares chauffeurs de camion somnolent dans leur véhicule ou sirotent un thé à la menthe dans les gargotes du port. Des Espagnols évidemment, mais aussi des Roumains, des Tchèques, des Grecs, des Bulgares... La terrasse où nous nous trouvons, séparée des quais par un petit fossé et une grille de plus de trois mètres, est le seul endroit du port où règne un semblant d'activité.

 

Tangergrille.JPGUne dizaine de jeunes hommes sont accoudés à la balustrade qui surplombe le fossé, attendant négligemment comme l'on peut attendre un spectacle. Ils ne parlent pas, ou peu. Parfois, deux ou trois d'entre eux se détachent du groupe et descendent de quelques mètres la pente faible de la terrasse. Ils s'arrêtent tous au même endroit, regardent en contrebas, repartent comme si de rien n'était.

 

Soudain, un des hommes s'élance par dessus la rambarde, et en un éclair il est passé par dessus la grille et s'est laissé tomber entre deux conteneurs du quai. C'est alors que l'on distingue la fine poutrelle métallique sur laquelle il a couru pour franchir le fossé. Et que l'on comprend tout l'intérêt stratégique du lieu. Ce soir-là, en une demi heure, nous avons vu cinq personnes franchir l'obstacle de la sorte.

 

Une fois sur le quai, impossible de savoir ce que deviennent les candidats à l'émigration illégale. Certains courent se cacher derrière un autre couvert, en attendant le moment propice pour s'embarquer. D'autres se terrent sous des camions, et tenteront de s'accrocher sous la carrosserie quand le véhicule redémarrera. Comment croire, pourtant, que les quelques agents du port et les policiers qui patrouillent sur le quai, ne voient rien, ne surveillent pas spécifiquement cette faille dans la muraille ?

« Les policiers, si tu ne payes pas ils voient, si tu payes ils ne voient pas » nous confie un des jeunes hommes présents. « J'ai beaucoup d'amis qui sont passés comme ça » ajoute-t-il, en pointant du doigt le passage qu'empruntent les émigrants. « Moi je n'essaie pas de passer, mais ça fait trois ans que j'accompagne des gens qui veulent passer. » Ainsi appartiendrait-t-il à un réseau de passeurs. Impossible d'en avoir la confirmation, mais nous en avons vite la conviction. En effet, nous n'avons guère le temps d'échanger plus de mots qu'un homme plus âgé, d'une quarantaine d'années, vient interrompre notre discussion en signifiant à notre interlocuteur d'aller un peu plus loin.

 
   
Nous ne nous éternisons pas sur le port, nous en avons déjà beaucoup vu. Rien de sensationnel, que des scènes apparemment ordinaires ici. Mais ce soir-là à Tanger, nous avons pu voir ce que l'on ne fait que fantasmer depuis l'Europe. Nous avons pu mettre des visages sur l'immigration illégale.
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