Boulevard 117

Blog collectif des étudiants de l'Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris. Reportages, papiers, chroniques, actualités de l'école.

117 boulevard St Germain
75006 Paris

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Vendredi 1 février 2008
par Cécile
Pour un portrait de Laurence, une smokeuse en résistance, que je faisais pour un cours (et que je publierai ici promis), j'ai vu Laurence deux-trois fois. Elle m'a toujours tutoyée et je l'ai toujours vouvoyée, alors qu'une fois j'étais à un "happy nicotine", un happening de clopeurs fâchés tout rouge où j'étais complètement embedded avec elle et ses potes.

La fois d'après, on s'est vues juste toutes les deux et elle m'a dit texto "Tu peux me tutoyer tu sais" Me voilà bien gênée... Ca m'a fait penser au post que Jérôme (www.c0wb0yz.com) m'avait laissé sur Facebook:

"coucou say, je suis attentivement ton blog et celui d'ivan, c'est très intéressant, je me faisais simplement une réflexion : vous apprenez le métier et vous partagez chacun vos impressions sans trop vous censurer (ce qui rend aussi l'expérience intéressante, j'en ai bien conscience), mais mine de rien parfois ça donne l'impression que vous vous prenez bien le chou sur pas grand chose. Par exemple, le coup d'Ivan de dire : "Je me suis laissé tutoyer et j’ai cédé, j’ai tutoyé - la faute ! c'est pas un peu exagéré ? bref ton avis m'intéresse."

AAAAAAAAAAAAAAAARGH! COMMENT IMPUDENT? SE PRENDRE LE CHOU POUR RIEN? MAIS NE SAIS DONC TU PAS LES QUESTIONS EXISTENTIELLES QUE PROVOQUE LE TUTOIEMENT CHEZ LES JOURNALISTES?

Pas de problème, bienvenue dans notre monde:

Ivan avait donc enquêté sur Seybah Dagoma candidate socialiste dans le 1er arrondissement de Paris, et avait donc parlé à plein de gens dans la section socialiste. Et il écrivait:

Je me suis laissé tutoyer et j’ai cédé, j’ai tutoyé - la faute ! Je connais la théorie, mais je n’ai pas eu le réflexe de refuser, ou plutôt pas su comment formuler le refus. C’est le genre de choses qu’on regrette immédiatement, dès qu’on prononce “tu”. Est-ce que je demande à revenir au “vous”?

J'avais répondu, toute auréolée de ma bienpensance
"Je comprends que tu n’aies rien dit quand il t’a tutoyé, mais pourquoi l’avoir tutoyé en retour?
Je veux dire, t’aurais juste pu continuer à le vouvoyer même alors qu’il te tutoyait nan?
On arrive bien à vouvoyer bérangère et stéphanie [assistantes de la direction à l'Ecole] alors qu’elles ont juste genre deux ans de plus que nous!"

Et bien oui, c'est un grand problème chez les journalistes, le tutoiement. Genre le big no-no.
Si possible tu ne te laisses pas tutoyer. MAIS SURTOUT SURTOUT TU NE TUTOIES PAS SINON TU MEURS!

Pourquoi? L'idée c'est que le tutoiement est un rapprochement, même s'il est purement sémantique ou grammatical, et qu'en tant que journaliste, tu es censé toujours garder une certaine distance. Il faut pas que ton interviewé pense que tu es son pote. Il risque de pas comprendre quand tu sors ton article sur lui/elle où il y aura logiquement un aspect critique, voire de se sentir trahi! ou alors de te prendre pour son organe de comm'.

Je me rappelle de Gérard Bonos, un de nos profs de radio, qui nous avait dit "Je vouvoie toujours mes collaborateurs. Un "Vas te faire foutre" part beaucoup trop vite quand vous tutoyez". Le "tu" est tout de suite plus dans l'affect, non?

Y a pas que nous et nos profs qui en parlent:



Au moment des présidentielles, Le Monde avait eu une -- à mon avis-- très bonne idée, demander aux journalistes qui suivaient Sarkozy et Royal d'écrire un making off. Ca a donné "Ma vie avec Sarko" et "Ma vie avec Ségo"

Dans "Ma vie avec Sarko", Philippe Ridet écrivait

"Tout Sarkozy est là : s'appuyer sur une relation ancienne et professionnelle - elle date du milieu des années 1990 - et surjouer la connivence pour mieux déjouer la critique. Axiome sarkozyste : on ne peut me faire le reproche de ce que je ne cache pas. Problème journalistique : comment profiter de sa proximité avec son sujet sans en être l'otage ? Resurgissent de nombreuses heures passées à suivre son activité. Ici, des rendez-vous dans son bureau de maire de Neuilly lorsqu'il s'empiffrait de chocolat, rongeant son frein de ne pouvoir partir à la conquête du RPR en 1999. Là, un retour en voiture d'Amiens à Paris, après une réunion publique, où il évoque son divorce et son souci de toujours : envoyer une carte postale à ses enfants où qu'il se trouve. Ailleurs, des félicitations pour un mariage, une naissance. Ne pas exclure qu'il puisse être sincère. L'intime et le politique imbriqués au point de ne faire qu'un. Et ce tutoiement qui s'est installé entre nous. Comment dire vous à celui qui vous dit tu ? Pas trouvé."

Sur Acrimed, j'ai trouvé (http://www.acrimed.org/article2560.html) une retranscription d'Arrêt sur images de février dernier

- Daniel Schneidermann : « Et, vous, vous le tutoyez ? »
- Philippe Ridet : « Oui, parce que j’ai pas considéré que... Enfin... C’est-à-dire que je me disais que répondre "vous" à quelqu’un qui me disait "tu", je trouvais qu’il y avait quelque chose d’un peu impoli ou d’agressif, et comme j’étais pas particulièrement gêné par ça... Alors, il est arrivé que je trouve que ce soit gênant, puis d’autres fois où je me dis que c’est pas gênant. Enfin... En fait, c’est un travail d’ajustement permanent, quoi. C’est ça qu’est agréable, en fait. »


Ben non, c'est gênant moi je trouve de tutoyer. C'est vrai que c'est un peu bizarre de vouvoyer mais c'est quand même mieux. Pour en revenir à Laurence, après lui avoir expliqué mon problème, elle m'a dit qu'elle comprenait très bien. Quand elle avait voulu à un moment interviewer quelqu'un qui lui était cher, elle l'avait vouvoyé alors que d'habitude elle le tutoie. Elle avait eu beaucoup plus de réponses en faisant ça, à son avis.
 Elle m'a proposé de nous tutoyer quand nous étions en mode "off", avant et après une interview, quand je n'avais pas mon carnet de notes ouvert quoi, et de repasser en vouvoiement dès que j'étais en mode journaliste.
Solution testée, qui n'était pas trop bizarre, mais est-ce la bonne? Est-ce qu'on n'est pas toujours un peu journaliste même quand on n'est pas en train de noter ce qui se passe?

Vous en pensez quoi?
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Mardi 1 janvier 2008
par Ecole de Journalisme de Sciences Po
Ils avaient eu beau prendre soin de tuer le temps et d’enterrer l’horloge comtoise quelques minutes plus tôt sur la place Dalida, rien n’y a fait. Les douze coups de minuit retentissaient sur le parvis du Sacré Cœur, du haut de la butte Montmartre, à Paris, et annonçaient 2008. Déçus qu’ils étaient, les membres du Front d’Opposition à la Nouvelle Année ! Remis de leur échec à Nantes l’an passé, les joyeux résistants au temps qui passe, originaires de Vendée, avaient pourtant mis tous les atouts de leur côté. Rejoint par des centaines de sympathisants hilares et protégé par une armée de doux vikings au nez inquiétant, le Front vibrait sur le mode « 2008 ne passera pas ! », décliné en autant de « 2008 nuit gravement à la santé » et de « 2000 huîtres avariées » inscrits sur les banderoles.viking.jpg


Certains arrivaient de loin, comme Roselyne, 55 ans, employée à la culture à la mairie de Cannes, arborant fièrement sur sa pancarte Mafalda, l’héroïne faussement naïve des dessins de Quino, qui rappelait à l’occasion que « le calendrier, c’est la bureaucratie du temps ». Même si c’est « pour la déconne » qu’elle venait, Roselyne avouait son penchant pour la contestation. « 2008 c’est déjà 4% d’augmentation du prix du gaz et les franchises médicales », rouspétait-elle. Avant de décliner ses théories sur la perte d’esprit critique des Français (« des moutons qui obéissent et consomment »), la catastrophe planétaire à laquelle nous condamne l’économie de marché (« à cause de la spéculation boursière, attendez-vous à des guerres mortelles »), et le délitement du lien social à l’œuvre (« les gens se croisent et ne se regardent plus, ils sont méfiants et surtout, ils sont euh comment on dit vous savez…»). Individualistes ? « Voilà ! ». mafalda.jpg


Militante associative les autres soirs de l’année dans une ville peu réputée pour ses actions collectives exacerbées (« Cannes, c’est l’enfer ! »), Roselyne appréciait cependant que « les Chouans anti-réveillon » ne politisassent pas le mouvement du 31. Ni gauche ni droite dans le cortège, donc. Ce qui n’empêchait pas « Sarko, dans ton cul ! » de figurer en bonne place dans les slogans. Heureusement, on savait « Cécilia, Carla, avec nous ! ». Ouf. Alors là, avec de tels soutiens, sûr, « on va gagner ! ». A minuit, on ne se résignait pas à l’affaire, c’est bien d’un « Bonne année 2007 » qu’on assortissait la bise claquée sur les joues rosies.


2007, tiens, quelle drôle d’idée d’y enfermer le temps. « On pourrait peut-être revenir en 2006, non ? C’est quand même en 2007 qu’on a eu Sarko ! » faisait remarquer avec pertinence un jeune homme. « Ah non, pas 2006, on perd la Coupe du Monde ! » répliquait son ami. Le troisième de la bande faisait tampon. « Il faut bien s’arrêter à un moment, autant que ce soit maintenant ! ». Un nostalgique répondait d’un « Poincaré président »poincar---pr--sident.jpg accroché à la pancarte. Roselyne, dans son coin, déployait une fois de plus une explication imparable. « 2007 a beau avoir été 2007, on sait à quoi s’en tenir. Alors que 2008, on n’en sait rien, ça peut être pire ! ». Et au fond, ça le serait, elle le savait, malgré l’enthousiasme de son amie numérologue qui calcula rapidement que 2 + 8 = 10, donc 2008 = année 1, retour aux fondamentaux, mieux qu’année 0…vait-mieux-une-bonne-cuite.jpg







« On a perdu à la dernière seconde », déplorait un barbu goguenard, « on était pourtant si près du but ». Fair-play, il récidivera, avec plus de participants et une meilleure stratégie, pour 2009 afin de souhaiter, enfin, une « Bonne année 2008 »…

Baptiste Etchegaray

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Mercredi 14 novembre 2007
par Quentin
Entendu sur Un Monde de SONS, montage du Zapping de France Inter


Pour Alain Finkielkraut

« On ne peut pas utiliser le beau mot de révolte pour le mouvement absurde et odieux qui se répand aujourd’hui dans les universités. »

«les étudiants luttent pour la prolongation de leur misère comme s’il s’agissait de leur salut »

« un mouvement odieux parce que un certain nombre d’étudiants sont en désaccord, ils ne peuvent pas le dire »

« Voir entrer dans la vie politique un certain nombre de jeunes par la voie de l’intimidation, c’est extrêmement inquiétant. »

« les universités actuelles sont clochardisées, c’est à pleurer. »

« l’éducation nationale doit être conservatrice car on n’a jamais enseigné le futur. »

« En France le vieux monde a le visage hideux de fac déglingue. »

 

Alain Finkielkraut devrait relire l’usager de la grève de Roland Barthes in Mythologies.barthes.jpg

 

« Il y a encore des hommes pour qui la grève est un scandale : c’est à dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature. Inadmissible, scandaleuse, révoltante, ont dit d’une grève récente certains lecteurs du Figaro.(…)  Aux préfets de Charles X comme aux lecteurs du Figaro d’aujourd’hui, la grève apparaît d’abord comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève, c’est « se moquer du monde », c’est à dire enfreindre moins une légalité civique qu’une légalité « naturelle » (…) le scandale vient d’un illogisme : la grève est scandaleuse parce qu’elle gène précisément ceux qu’elle ne concerne pas.(…) opposer le gréviste et l’usage, c’est constituer le monde en théâtre (…) et confronter ces acteurs arbitraires dans le mensonge d’une symbolique qui feint de croire que la partie n’est qu’une réduction parfaite du tout. (..) la grève fonde le devenir et la vérité du tout. Elle signifie que l’homme est total, que toutes ses fonctions sont solidaires les unes des autres, que les rôles d’usager de contribuable ou de militaire  sont des remparts bien trop minces pour s’opposer à la contagion des faits, et que dans la société tous sont concernés par tous. (..) le paradoxe c’est que l’homme petit-bourgeois invoque le naturel de son isolement au moment précis où la grève le courbe sous l’évidence de sa subordination. »

 

Alors, petit-bourgeois Finkielkraut ?
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Lundi 12 novembre 2007
par Quentin

  Pour ou contre le rattachement de la Wallonie à la France ?

Une petite sélection rien que pour Caroline.  Pour mieux comprendre un mouvement trop méconnu, le réunionisme.

(la vie sexuelle des Belges

la-vie-sexuelle-des-Belges.jpg


Lu sur le site de
Rassemblement Wallonie-France :

« Quelque 54% des Français sont favorables au rattachement de la Wallonie à la France en cas de scission de la Belgique, indique un sondage de l'hebdomadaire français Le Journal du Dimanche. 10% des personnes interrogées y sont « tout à fait favorables » et 44% « plutôt favorables », selon cette enquête d'opinion réalisée par le très sérieux Institut IFOP.Le taux atteint les 66% dans les régions et départements français du nord (Région Nord-Pas-de-Calais, Ardennes, Meuse).Environ 41% « ne sont pas favorables » au rattachement de la Wallonie à la France, et 5% « ne se prononcent pas ».Ce sondage, auquel le R.W.F. se garde bien d’accorder une valeur absolue, dément toutefois une rumeur répandue par les médias belges dans la population et qui prétend que les Français ne voudraient pas de leurs frères francophones de Belgique en cas de sécession de la Flandre.

La Wallonie avec la France représente le vrai contrat d’avenir pour nos enfants.

C’est avec la République que l’union fera la force ! »

Lu sur Wikipédia :

« Le Rassemblement Wallonie France (RWF) est un parti politique de Wallonie (Belgique). Il milite pour le réunionisme. C'est-à-dire la réunion à la République française des régions entièrement (Région wallonne) ou majoritairement (Région bruxelloise et les 6 communes flamandes à facilités linguistiques pour les francophones) de langue et de culture françaises.

Aux élections législatives fédérales de 2003, ce parti s'est présenté sous le sigle « RWF-RBF ». Il s'est par contre présenté sous le signe unique « RWF » lors des législatives de 2007 et obtient 1,50% des voix au Sénat contre 1,03 à la Chambre (résultats reportés sur l'ensemble du corps électoral de Wallonie)[1]. » 
belges.JPG

 

Lu sur le blogue-notes de Claude Thayse (ancien président du RWF) :

« Impossible de l’ignorer, les iguanodons de Bernissart sont de retour au Musée des sciences naturelles à Bruxelles. A l’heure où on parle dans la négociation gouvernementale de scission (sous quelle forme ?) des établissements scientifiques nationaux, c’est là une partie du patrimoine wallon, mais aussi mondial, qu’il importe de tenir à l’œil. Il ne faudrait pas qu’un partage (60/40 ?) à la belge intervienne. D’autant plus que d’autres parties du patrimoine, comme les collections botaniques, sont déjà localisées en Flandre et peuvent quasi être considérées comme perdues !  J’invite « nos » négociateurs à être vigilants. »

Commentaire de André Schreurs :

« En effet, les iguanodons de Bernissart ne sont pas belges...mais les belgicains sont des iguanodons ! »

 

Entendu dans la Newsroom :

 « Si c’est pour se coltiner les Liégeois dans nos campings (…) Liège, sans déconner, c’est la pire ville du monde. (…) Sinon, j’aime bien les Belges. »

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