Boulevard 117

Blog collectif des étudiants de l'Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris. Reportages, papiers, chroniques, actualités de l'école.

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75006 Paris

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Mardi 18 mars 2008
par François

Le chantier de l'équipe de France n'en est qu'aux fondations

Et voilà, c'est fini ! Le tournoi des VI nations 2008 s'est achevé samedi sur une éclatante victoire et un Grand chelem du Pays de Galles. Une édition avec un niveau de jeu assez homogène parmi les équipes de l'hémisphère nord. Des Gallois au fond du sceau il y a six mois qui reviennent du diable vauvert pour un parcours parfait, une équipe anglaise mêlant jeunes et vieux, maîtrise passagère et arrogance coupable, la France en chantier avec son bataillon de nouvelles têtes et une nouvelle philosophie de jeu, une Irlande vieillissante dans la lignée d'un mondial raté, des Italiens limités mais courageux, et une Ecosse qui ne reveilla son peuple qu'en une occasion (la victoire sur l'Angleterre). Un niveau d'ensemble homogène donc, mais relativement moyen
dans une année post-mondiale, de reconstruction.

UN BILAN CONTRASTE. Finalement, l'équipe de France aura été au centre de toutes les interrogations, puisqu'un staff neuf et jeune avait, dès sa prise de fonction, annoncé un grand remue-ménage autour de jeunes joueurs bercés par un rugby offensif. Le tout en pariant sur de bons résultats pour ce premier tournoi de l'ère post-Laporte.
Promesse tenue et pari en partie réussi. Les jeunes bleus (trente-quatre appelés dont treize nouveaux joueurs) ont montré une envie de jouer, encore et toujours, et sur tous les terrains (hors de l'indigeste match contre l'Italie), avec un rendement malgré tout limité par rapport au potentiel évident de cette équipe.
Toujours solides en défense, ils ont toutefois affiché de grosses lacunes en terme de stratégie et de gestion des matchs (variété des formes de jeu: au pied, à la main, pénétrant) et surtout en conquête. Là où le XV de Laporte était peu imaginatif mais robuste en mêlée, touche et ballons portés, celui du trio Lièvremont-N'Tamack-Retière a inquiété par sa friabilité, notamment lors des moments décisifs. Par exemple à Cardiff, les Français n'ont perdu qu'une mêlée, à cinq mètres de l'en-but adverse, ainsi qu'une touche à la même hauteur. Et ce n'est rien en comparaison avec les fessées reçues en mêlée fermée face aux Anglais, aux Irlandais et aux Italiens.

LES NOUVEAUX. Au rayon des satisfactions, le pilier d'Auch Fabien Barcella a livré des matchs très prometteurs (2), ce qui est aussi le cas de Parra (3). Très utilisés, Oudraogo et Trinh-Duc devront être revus, tout comme Picamoles (meilleur joueur contre l'Angleterre, moyen contre l'Italie), David, Faure, Malzieu et Floch. Loic Jacquet a encore du chemin à parcourir pour être l'héritier (tant annoncé) de Fabien Pelous, tout comme Arnaud Méla, trop juste dans le rythme. Diarra, Tomas et Guirado n'ont quasiment pas joué et reviendront en bleu. Brugnaut, très critiqué, a lui aussi du pain sur la planche s'il veut s'imposer à droite de la mêlée française, poste vacant et sinistré depuis la retraite de Pieter de Villiers.

LES NOUVEAUX-ANCIENS. Capitaine exemplaire, Lionel Nallet a joué l'integralité des matchs. Szarzewski, Dusautoir, Bonnaire, Elissalde, Traille, Clerc, Rougerie et Heymans ont apporté, à tour de rôle, les garanties qu'on attendait d'eux. Mas, Vermeulen, Marty, Thion, Jauzion et Yachvili ont fait le boulot, sans plus, ce qui est dommage vu le pedigree de certains.
Déception du côté de Jean-Baptiste Poux, utilisé comme pilier droit remplaçant, alors qu'il est plutôt gaucher, et qui a beaucoup souffert lors de ces entrées en jeu. Servat n'a pas montré grand chose, et on peut attendre beaucoup plus de David Skrela, encore harassé par la pression de la charge.

ET MAINTENANT? Avec deux matchs en Australie fin juin sans les demi-finalistes du Top 14, le XV de France devrait voir arriver de nouveaux joueurs et continuer de tester les jeunes vus pendant le tournoi, ainsi que quelques anciens (Mignoni, Chabal ?). Aussi, les tests de l'été et de l'automne, ainsi que le tournoi 2009, permettront aux sélectionneurs d'élargir le groupe avant de le réduire pour construire à l'horizon 2011. Marconnet, Milloud, Nyanga, Lanboley, Martin ou Beauxis devraient faire partie des prochaines sélections, au moins pour être testés, tout comme Michalak. Le talonneur de Leicester Kayser, le pilier Montès, le troisième ligne Caballero, l'arrière Denos, les centres Audrin et  Bastareaud, les polyvalents Peyras, Thiery et Médard pourraient aussi endosser prochainement le maillot frappé du coq.







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Jeudi 13 mars 2008
par François


Rouges contre Bleus: le grand soir ?

Ainsi donc le XV de France jouera la victoire dans le tournoi sur la pelouse de Cardiff. Pour l'emporter, les Bleus doivent vaincre les Gallois avec plus de 20 points d'écart. Impossible n'est certes pas Français, mais on voit mal les diables rouges laisser filer ce titre, eux qui auront déjà le couteau entre les dents, à deux pas qu'ils sont du Grand chelem. 
Et c'est une solide formation que l'équipe de France voudra tancer dans son antre du Millenium stadium.

Au fond du seau cet automne après une piteuse élimination dès le premier tour de la coupe du monde (défaite fatidique contre les Fidjis), la fédération galloise a fait confiance à un nouvel encadrement sportif, en plaçant le rugueux néo-zélandais Warren Gatland a la tête de l'équipe, l'homme qui avait redressé l'Irlande en 1999-2000 avant d'être victimes des manipulations en coulisses de son adjoint Eddie O'Sullivan. Pour les joueurs en revanche, le coach n'a pas fait dans la nouveauté. Tous les grognards du grand chelem 2005 et du dernier mondial sont bien là, avec l'envie de prouver qu'ils ne sont pas finis et de redonner le moral à un peuple pour qui le rugby est une religion.
Néo trentenaires ou en passe de l'être, Shane et Martyn Williams, Ian Gough, Stephen Jones ou le nouveau capitaine Ryan Jones apportent beaucoup de stabilité et d'expérience à une équipe où pointent de nouveaux talents. Gavin Henson a retrouvé le goût du rugby, Mickael Phillips apprend à faire des passes, et James Hook s'affirme comme un joueur de haut niveau qu'il faudra supporter pendant les dix prochaines années.

Quatre victoires en autant de matchs, voilà ce qu'il fallait pour que les entraineurs français prennent leurs adversaires au sérieux, en se disant même qu'avec une équipe solide ils pourraient "gâcher la soirée" des gallois. Des petits nouveaux, Floch (excellent contre l'Italie), Malzieu, Ouedraogo et Barcella commenceront le match. Guirado, Mela et Trinh-Duc seront sur le banc. De la modération donc, et pas de nouvelles têtes, au contraire. Clerc, Bonnaire, Dusautoir, Vermeulen et Traille retrouvent quant à eux leurs responsabilités. Rougerie sera lui dans son canapé clermontois...

On l'a bien compris, ce match revêt un interêt de premier ordre pour des Gallois à la recherche du Grand chelem, et des Français désireux de bien finir la première campagne de l'ère Lièvremont.

Mais bien loin de ses passionnants matchs à enjeux, deux réflexions s'imposent.
La première vient de la victoire (15-9) de l'Ecosse face à l'Angleterre. Sous une pluie battante et sur un terrain labouré par les joueurs, les Ecossais ont offert une leçon de courage et d'humilité à des Anglais suffisants qui se voyaient trop beaux après leur succès en France. Match à l'intérêt esthétique limité, cet Ecosse-Angleterre a réhabilité les vertus premières de ce sport (combat, courage, cohésion, fierté, envie, rigueur...), et dans le même temps illuminé mon samedi après-midi par ailleurs bien gris.

L'autre remarque, en fait un véritable point d'interrogation, réside en l'évaluation du niveau de jeu des équipes de l'hémisphère nord. Les Gallois caracolent en tête du tournoi, ils n'ont pas passé le premier tour du mondial. La France et l'Angleterre sont, elles aussi, bien loin du niveau de jeu que j'ai entraperçu en regardant un match du Super 14 (le championnat des provinces des trois grands du sud) la semaine passée, et où sont expérimentées les nouvelles règles préconisées par l'IRB. Plus dynamique, plus physique, plus direct, il y avait de quoi se régaler.
De quoi espérer que nos jeunes coqs se mettent eux aussi à pratiquer un jeu vif, inventif, tout en maniant l'alternance. Et pourquoi ne pas commencer par rosser les rouges ?





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Jeudi 28 février 2008
par François
Autres temps, autres moeurs

Il fut un temps où le tournoi des V nations était le palpitant du rugby européen. Chaque année, sa légende envahissait les téléviseurs et les foyers de France, de Navarre, et des Iles britanniques (voir chronique 1/6). Il était, en plus d'une fête populaire et conviviale, un objectif sportif et symbolique majeur pour les nations engagées, une fin en soi. Jouer et gagner le tournoi était une marque de reconnaissance dans le monde de l'ovalie; réaliser le grand chelem transformait des rugbymen amateurs (agriculteurs, ouvriers, médecins...) en légendes vivantes de leurs villages ou de leurs quartiers.

Objectivement, ce temps est  mort, même si les sentimentalistes du rugby amateur continuent de se masser devant leurs télés, d'aller aux stades ou de se déplacer à l'étranger (ah, Dublin !) tous les ans en février/mars.

Les Français ont signé son arrêt de mort sportif, en deux temps. 
C'est à la fin des années 1970 que le président de la FFR, Albert Ferrasse, ressortit des cartons une proposition d'après-guerre de tournoi mondial réunissant les grandes équipes du rugby international. Malgré les réticences britanniques, la Coupe du monde vit le jour en 1987. Et devint, avec le nouveau siècle et le passage au professionnalisme, le but ultime des équipes nationales. Le Tournoi semblait demeurer une compétition prestigieuse dans l'hémisphère nord, grâce à son histoire et à son symbolisme. 

Puis vint Marc Lièvremont et ses accolytes (pour qui, au demeurant et par ailleurs, j'ai la plus grande estime). Marqué, comme tout le rugby tricolore, par notre échec automnal, le nouveau gourou des bleus ne s'est mis qu'un objectif en tête: le mondial néo-zélandais de 2011. Vive la jeunesse et l'expérimentation, le staff appelle donc près de 35 joueurs en quatre matchs. Quitte à reléguer aux oubliettes une victoire dans le tournoi et un potentiel grand chelem pour envoyer au feu une douzaine de nouveaux bleus plus habitués à jouer le maintien en Top 14 que des matchs internationaux. 
En 1977, les coqs français avaient remporté le grand chelem avec seulement 15 joueurs (fait unique dans l'histoire), chacun jouant l'intégralité des quatre rencontres de la première à la dernière minute. Autant dire que, même si les remplacements n'étaient à l'époque autorisés que sur blessure, les temps ont bel et bien changé.

S'il est louable et nécessaire de tester des jeunes, de mettre du sang neuf dans une équipe longtemps sclérosée, le mouvement de balancier jeuniste opéré par les sélectionneurs semblent aller trop loin, et coûte un grand chelem qui, à court terme, aurait permis à l'équipe de France de préparer cette nouvelle ère sous d'augustes auspices. L'encadrement vient donc de tuer le tournoi, en le valorisant à hauteur d'une série de matchs amicaux servant à une revue d'effectif, avec des nouveaux anciens et des anciens nouveaux, et où Montpellier est mieux représenté que Toulouse.
Jusqu'à ces dernières années, les essais se faisaient dans le cadre des tournées d'automne et d'été, et de leurs fameux "test matchs" en terres australes. Le tournoi, c'était du sérieux. Le comportement du trio Lièvremeont-N'Tamack-Retières fait maintenant du tournoi une tournée européenne, ni plus ni moins. 

Il faut par ailleurs ajouter à cela que la prochaine tournée du XV de France en Australie (du 28 juin au 5 jullet) sera concomitante avec les demi-finales et la finale du championnat de France. Pour être clair, les joueurs de Toulouse, Clermont, Paris et Biarritz  (car c'est bien d'eux qu'il s'agira) ne pourront pas jouer avec les bleus car retenus en club. L'occasion aurait donc était belle de tester les nouveaux talents (et il y en a !) de Montpellier, Bourgoin ou même Auch  lors de ces matchs face aux Wallabies australiens.

En prenant le pari d'avancer au plus tôt possible l'apparition des nouvelles têtes, les sélectionneurs du XV de France ont sacrifié le but sportif du tournoi des VI nations et renier son âme, ce qui est un grave péché en ovalie. Ils ont aussi condamné des joueurs, les meilleurs nationaux actuels à leurs postes (Mignoni, Emmanuelli), à faire une croix sur le maillot bleu pour cause de limite d'âge, et les cadres pré-trentenaires laissés à la maison (Bonnaire, Dusautoir) à vivre sans certitudes ni confiance. 

Espérons que, dès l'année prochaine, la revue d'effectif prendra fin, et que la France ne galvaudera pas cette institution qu'est le tournoi des VI nations, s'y allignera pour la victoire et les annales.
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Jeudi 14 février 2008
par François

Crunch time

Cette fois, ça sent le souffre. On a beau disserter (et moi le premier), sur la beauté du tournoi des VI nations, sur les valeurs du rugby, à un moment où à un autre  vient le temps de la vérité. Et il n'est de vérité plus crue, plus âpre, plus acide, que celle d'un France-Angleterre. 

Le contexte est tout trouvé: d'un côté, une équipe de France séduisante mais un peu fragile sur la voie d'un hypothétique grand chelem, de l'autre, un XV de la rose  qui a du mal à se dire qu'il n'est plus qu'un rouleau-compresseur rouillé  et qui s'est incliné à domicile contre le Pays de Galles avant de gagner chichement en Italie. On est tenté de se dire que la venue de la perfide Albion (Albion est le géant grec tutélaire de l'île de Grande-Bretagne) au Stade de France le samedi 23 février prochain (et en prime time !) permettra de prendre une revanche sur la désillusion de la demi-finale de la Coupe du monde. 

Mais voilà, ce n'est jamais si simple le sport, même à haut niveau. Car les Anglais sont, et il faut bien, la gorge serrée, le reconnaître, toujours dangereux lorsque on les prend de haut. En un instant, cette équipe solide mais sans génie peut se transformer en machine de guerre, et les Français doivent s'en souvenir. L'hiver dernier, à la même période, nous faisions les coqs en calculant à l'avance la raclée que nous allions leur infliger dans leur temple de Twickenham. Résultat, une défaite 26-18 et un Grand Chelem imperdable perdu. Et si la plaie du mondial était coterisée, je reparlerais de cette immonde soirée d'octobre.

Bref, il faut toujours se méfier des Anglais, surtout quand on ne les attend pas. Concepteurs de ce jeu, ils en maitrisent les méandres (sportifs et extra-sportifs) mieux que quiconque et sont passés maître dans l'art de régler le cursus du fair-play, notamment quand vient le "crunch time" comme la presse londonienne surnomme ces magiques France-Angleterre, ses batailles finissantes sur de  cyniques "good game" de la part de nos adversaires, où de Marseillaises endiablées. Car la seule chose qui importe dans ce match, c'est de gagner (au diable la manière !), contre les apotres du "win ugly", pour venger le pêché originel (non, je ne parle pas de Jeanne d'Arc), celui de la condescendance héréditaire de ses fils d'aristos pour les paysans et les ouvriers bourrus du sud-ouest français, renforcés par quelques médecins: les britanniques se veulent plus coubertinistes que Coubertin !

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Mercredi 6 février 2008
par François

Le chardon manquait de piquant, le trèfle portera-t-il bonheur ?

Le rugby est un curieux monde où se croisent faune et flore. La France s'enorgeuillit de son gallinacé chantant fièrement sur des torses bombés et bodybuildés, ce que font aussi les Argentins avec leur jaguar (injustement assimilé à un puma), les Australiens avec leur wallaby et les Sud-africains avec leur gazelle (springbok).

Dans le tournoi néanmoins, les Bleus sont les seuls représentants du règne animal. Les Italiens ont opté pour une impériale couronne de laurier, les Anglais ont leur piquante rose, les Ecossais leur diabolique chardon, et les Irlandais leur vert trèfle (à trois feuilles, ce qui est en soi un symbole). Les Gallois, eux, réalisent un syncrétisme des règnes en associant le poireau aux plumes d'autruche.

Voilà pour la partie culture G, retour au labeur. L'équipe de France a bien joliment entamé son tournoi le week-end dernier en fessant les Ecossais à Edimbourgh (27-6), et en offrant un projet de jeu alléchant basé sur la vitesse, l'évitement, la prise d'initiative. On attendait au tournant cette nouvelle équipe dont l'identité devait se construire en réaction au jeu austère des années Laporte, et l'on ne fût pas déçu. Dans la presse, les louanges succédèrent aux interrogations, et voici que Vincent Clerc (auteur d'un match magistral avec 2 essais au compteur) se vit nommé "meilleur ailier du monde" par l'Equipe...
Soit, le résultat fût à la hauteur des espérances, mais il ne faudrait pas être trop dithyrambique avec ces jeunes bleus, et ne pas oublier que l'opposition offerte par les guerriers des Highlands était bien faible et décevante. D'autant que de nombreux secteurs restent à travailler: la mêlée (qui s'est réglée en deuxième période), le jeu au pied (très approximatif), et un gout de l'attaque aux limites de la témérité qui aurait pu couter cher contre d'autres équipes.

Autre lieu, autres moeurs, aux Ecossais succèdent les Irlandais, fiers porte-étandards du "fighting spirit" et de la Guinness, et dont les choeurs envahiront les rues et les pubs de Paris ce week-end. Vainqueur dans la douleur de leur premier match face à l'Italie (16-11), les Verts d'Irlande sont d'un autre tonneau que les marines Ecossais. Equipe puissante, compacte et expérimenté, elle est capable d'imposer ses shémas de jeu aux autres nations (oui, le jeu de rugby relève bien de l'architecture). Bien que vieillissante et victime d'un manque de renouvellement chronique qui la plombe depuis l'an dernier, ce groupe garde de sérieux arguments, dont un jeu au pied et une touche conquérants.

Tout cela, Marc Lièvremont le sait bien, et l'a incorporé dans sa composition d'équipe. Le groupe de 22 joueurs reste inchangé, à l'exception du forfait du troisième ligne Elvis Vermeulen remplacé par le Montpeliérain Louis Picamolles, mais le XV de départ change. Au total, ce sont six modifications qu'apportent les sélectionneurs.
Le solide catalan Nicolas Mas sera titulaire à droite de la mêlée pour apporter son poids à un secteur chahuté à Murrayfield. Swarzweski, Bonnaire et Skrela, remplaçants en Ecosse, entreront pour amener de l'expérience et, pour l'ouvreur parisien, un jeu au pied rodé au niveau continental. En deuxième ligne, signe de la science de l'adaptation des sélectionneurs, le rugueux albigeois Arnaud Méla relayera le plus joueur Loic Jacquet. Place au roulement aussi à l'aile, où Aurélien Rougerie prendra la place de Vincent Clerc, signe que rien ne sera acquis dans cette nouvelle équipe de France.
Malgré tout, avantage à la France, elle qui n'a pas perdu face aux coéquipiers de Brian O'Driscoll depuis 2003, et dont le  trèfle nous porte généralement chance.

Mais, comme à chaque match, la seule vérité qui compte sera celle du pré, et toutes les conjectures seront vaines si les Bleus ne gagnent pas. Le syndrome de la coquille vide frappera alors les commentateurs sportifs, qui reviendront à leur instrument favori, le poignard.
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Vendredi 1 février 2008
par François
XV de France: fin de l'ère Madrange-Lustucru, retour au      gigot-haricot des familles

Comme réclamé par certains (parfois avec insistance, ce qui me fait plaisir), je vais m'épancher sur les tribulations de l'ovalie pendant la durée du tournoi des VI nations. Pour ceux qui ne sont pas du sérail, un simple rappel: le vénérable tournoi qui commence dimanche existe de puis l'hiver 1882-1883, lorsque Gallois, Ecossais, Irlandais et Anglais ont décidé de taquiner ensemble la vessie de porc qui servait de ballon à l'époque.
Pour rappel, le rugby n’était à l’époque qu’un sport d’aristocrates anglo-saxons décidés à se tirer la bourre sous d’apparentes règles… Et c’est à ce petit jeu que furent conviés les Français en 1910.

Le tournoi des V nations n’a véritablement acquis sa légitimité historique (celle qui a fait rêver des millions d’hommes et de jeunes garçons de part et d’autre du chanel) dans les années 1950 et 1960. Et comme toujours, c’est la sacro-sainte TV qui popularisa l’événement en diffusant les viles empoignades de ses gaillards aux tronches si peu cathodiques.

Auparavant, le rugby à XV avait failli mourir en France. En effet, de 1930 à 1939, la France fut exclue du tournoi pour « professionnalisme » et « brutalité ». Car, et c’est bien connu, il n’y a pas plus frileux en matière de coubertinisme et de fair-play que ces (très chers Lords britanniques. Toujours est-il que la fuite de ses biceps vers le rugby à XIII lui fut quasi-fatal.

Le tournoi, c’est du patrimoine, qui a infiniment plus de valeur viscérale que cette petite Coupe du monde pour nouveaux riches et sponsors. D’ailleurs, tous les Anglais vous le diront, ce qui se tient, le mondial étant une invention Française (et oui ma bonne dame). Enfin point de franchouillardises exacerbées ni de chauvinisme mal placé. Juste un constat, qui me permet de citer notre prof de dépêches François Grangié : « les Anglais, ils sont sympas, mais ils ne sont vraiment pas comme nous ». Tout est dit. 

Bon, j’arrive à l’équipe de France, enfin. Maintenant que les gens du nord de la Loire sont capables de citer au moins un joueur de rugby Français, ce qui n’était pas le cas il y a encore 15 ans si l’on excepte Serge Blanco, les Bleus intéressent tout le monde (enfin beaucoup de gens). Le profane qui regardera le match de dimanche contre l’Ecosse sera malgré tout très sûrement en manque de repères. Mais où est donc passé le petit chauve à lunettes qui enguirlande avé l’accent de Gaillac ses fiers colosses aux oreilles en « chou-fleur » ? Et où est son cerbère chevelu-barbu mangeur d’enfant ?
Et bien ils sont en exil mon bon monsieur. Le sieur Laporte apprend la politique avec Roselyne, et l’homme des cavernes s’en est retourné à ses études anglaises.
A la place, on découvrira un trio d’entraîneur. Marc Lièvremeont, un fils de militaire un peu rigide, aîné de 12 enfants; Emile Ntamack, la panthère toulousaine des années 1990, et Didier Retière, un obscur ex-talonneur qui a fait une thèse spéciale « fonDAmentaux » (à lire avec l’accent : touche et mêlée).
 

Plus de pub, fini notre secrétaire d’Etat à la pèche au jambon ou aux coquillettes, ou aux parts de casinos dans le sud-ouest. Dieu merci, il lui reste des vacances au Cap-Ferret, peut-être sans Sarko qui le délaissera pour une virée à Disneyworld avec Carla et les Balkany. Place aux jeunes, aux simples, aux laborieux, revanche de la terrine sur le jambon et de l’aligot sur les pâtes. 
Quant aux joueurs, point de Chabal, point de Dominici, point de Michalak… Charles Villeneuve est heureux, il n’aura pas à sous-traiter les matchs sur Eurosport, France Télévisions s’occupe de tout. Car notre immense service public va avoir le privilège de présenter aux nouveaux rugby-friendly la vie de François Trinh-Duc, de Julien Brugnaut, de Fulgence Ouedraogo et de Julien Malzieu… Trop sexy. 

D’ailleurs, trouvez le capitaine ? Lionel Nallet. Qui ? Lionel Nallet, l’homme sacrifié pendant la Coupe du monde sur l’hôtel de la Chabal-TF1-mania. Un deuxième ligne sans cheveux abondants mais avec des oreilles abîmées, des genoux cagneux, des os cassés. Et qui préfère les salades de doigt (comprenez des échanges entre joueurs peu anglo-saxons) aux paillettes, et les tartines à la guimauve de Thierry Gilardi. Bref, du poulet fermier, élevé au grain à Bourgoin-Jallieu (point commun avec Chabal) puis à Castres. Pas de maillot rose, pas de pom-pom girl, pas de calendrier. 

La revanche des modestes ? Enfin, quel mauvais esprit ! Le sport ne fait pas de politique, du moins pas dans le coubertiniste tournoi. Et c’est pour cela que, comme tous les ans et avec un plaisir toujours renouvelé, je vais me faire 4 heures 30 de télé-rugby ce week-end.

Ecosse-France, Dimanche à 16 heures sur France 2

P.S Je n'ai rien de personnel contre Sébastien Chabal, qui est par ailleurs un bon joueur et quelqu'un de bien, mais contre l'icône médiatique qu'on a fait de lui à des fins peu sportives.

P.S 2: carton rouge aux faiseurs de calendrier. En effet, le Top 14 continue pendant le tournoi. C'est ce qu'on appele un "doublon", ou une "connerie". Et oui, on marche sur la tête.

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Jeudi 27 décembre 2007
par Louis
1285881yy.jpgLe week-end dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'exposition temporaire "Allemagne, les années noires", qui se tient actuellement et jusqu'au 4 février prochain au musée Maillol, à Paris. Présentant essentiellement des gravures et des dessins, l'expostion se propose d'evoquer les périodes troubles de la Première Guerre Mondiale et de la République de Weimar à travers le regard d'artistes tels qu'Otto Dix, George Grosz ou Max Beckmann. On n'en ressort, évidemment, pas indemne.

La première salle se concentre sur la guerre, avec notamment  de saisissantes eaux-fortes de Dix. Le trait est dur, les visages monstrueux, les morts se distinguant mal des vivants. La bichromie noir et blanc des dessins crée autant de jeux de contraste qui viennent amplifier l'impression très âpre que laissent ces évocations du sang, de la fange et de la merde.  Intéressante collection de cartes postales de l'artiste, qui, pour échapper à la censure,  dessinait de façon très sommaire ce qu'il voyait à ses proches.

Les dessins de George Grosz sont plus ronds mais tout aussi horribles. Parfois, on confine même à la bande dessinée, et je n'ai pu m'empêcher de songer aux travaux de Tardi (qui a très certainement vu les oeuvres de ces artistes allemands de l'entre-deux-guerres) sur le premier conflit mondial. Beckmann déroute, bouscule les perspectives, multiplie les angles improbables, aigüs, abrupts : face à ses oeuvres, on se penche souvent, on avance, on recule, on plisse les yeux, ce qui rend le trouble de l'artiste encore plus sensisble.

dix.jpgAu milieu de la salle, quelques affiches de propagande de l'époque, bien entendu lisses et héroïques, offrent un contraste qui donne encore plus de vigueur aux oeuvres présentées. En bout de salle, on passe de la guerre à la ville, dont sont offertes quelques représentations torturées : la ville est un espace de conflit, de promiscuité, d'oppression, d'avilissement. Le style est similaire à celui utilisé pour évoquer la guerre, et l'on comprend  d'ores et déjà l'importance que prend l'expérience du conflit dans la vision des artistes allemands d'après-guerre, avec en germe l'expressionisme.

A l'étage, les oeuvres dressent un tableau de la République de Weimar, en différents thèmes. D'abord les séquelles de la guerre : les mutilés qui mendient dans la rue, les gueules-cassées que l'on parque dans des sanatoriums pour ne pas les montrer (jusqu'à ce que le pacifiste Ernst Friedrich les montre dans un livre de photos internationaliste -il est écrit en quatre langues- en 1924)... Des rues où règnent aussi les prostituées, et où se multiplient les crimes sordides, là encore dans des évocations très crues de corps mutilés.

allemagneok.jpgDes rues agitées enfin, où se montent des coups d'état à n'en plus finir, où les milices et les orateurs de brasserie tiennent le haut du pavé. Grosz s'engage au KPD (parti communiste allemand) et livre des oeuvres plus engagées, notamment une série d'illustrations actualisées -avec capitalistes oppresseurs sur fond d'usines de brique- des Brigands de Schiller. Et tout comme je m'étais souvenu, dans la première salle, d'une exposition consacré à Dix que j'avais vue il y a près de dix ans à la fondation Maeght, je me suis remémoré la très bonne exposition du musée d'art moderne de Strasbourg d'il y a deux ans, dédiée à John Heartfield, un des pères du photomontage et qui a notamment réalisé au début des années 30 les couvertures d'AIZ, le journal du KPD. Le même style d'avant-garde, la même révolte, la même ingéniosité.

Au final, l'exposition secoue, bouleverse et est particulièrement riche des oeuvres qu'elle présente. On regrettera cependant que les explications se focalisent sur la dimension  historique et non sur le destin des artistes eux-mêmes ou sur des commentaires purement artistiques. En substance, on n'apprend pas grand chose de ces cartons. Mais c'est là bien peu de chose, tant les oeuvres, elles, sont éloquentes.

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Lundi 24 décembre 2007
par Quentin
Argol-Manuscrit.gifJulien Gracq n’est plus. Décédé à l’hôpital d’Angers. C’est triste. Il aurait dû mourir chez lui, à Saint-Florent le Vieil, face à la Loire. Cherchant, au loin dans le brouillard de Noël, les côtes hypothétiques du Fagherstan tel Aldo dans le Rivage des Syrtes. Ou écoutant le bruit de la guerre qui est là alors que la guerre, elle, reste invisible comme dans Un Balcon en forêt ou dans le Roi Cophétua. Au moins, il est mort une nuit de grand froid et de tempête, une nuit où l’incertain est plus réel que le certain, une nuit de romantiques allemands, une nuit de surréalistes.

    Inutile de résumer sa vie, les autres y arrivent très bien, , , ou là. C’était le dernier des écrivains, c’est tout. Le dernier avec une Weltanschauung ; avec une œuvre globale où une vraie vision du monde s’épanouit ; avec une réflexion sur plusieurs dizaines d'années qui accepte l’échec ou l’impasse parfois. Beigbeder, Houellebecq ou Angot, c’est sympa mais ce n’est pas pareil.

    Julien Gracq était le dernier des écrivains, il n’y a plus que des littérateurs.
Début décembre, je l’ai eu au téléphone. Brièvement, deux minutes, trois peut-être. Sa voix était ferme, elle trahissaitt son âge mais elle révélait aussi sa vigueur d’esprit. J’avais un reportage radio à faire sur les prix littéraires. Je voulais l’interroger, interroger l’homme de la littérature à l’estomac qui au début des années 50 avait déjà des mots si juste sur la littérature d'aujourd'hui, l’homme qui n'accepta pas le Goncourt.
Il refusa.
« Ce petit pamphlet, c’était il y a bien longtemps. De toute façon, aujourd’hui, c’est pire encore. Je ne donne plus d’interviews, c’est fini tout ça, je me suis retiré. »
« Même pour un jeune journaliste qui admire beaucoup votre œuvre ? »
« Oui »

Un instant passa. Le silence. Le décor était planté. Il raccrocha.

Un ami poilu me demanda un jour, « Un monde sans dodo mérite-t-il d’être sauvé ? »
Et un monde sans Gracq ?



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Lundi 17 décembre 2007
par Q
Kourmanbek Bakiev, un vrai fieffé félon, veut garder son fief du Kirghizistan. Maintenant maintenant, une élection c'est trop long. Si facile de bourrer des urnes si complaisantes et d'oublier les désirs nés un soir de grand vent.
Soufflant sur les vieux, sur les fades despotes, le grand vent redevenu petit ne ramène que des sous-fifres, des bouffons qui font font font et gesticulent vainement. Oh vraiment ? Et Saakashvili ? Et Ioutchenko ? Quelqu'un m'a dit qu'il y avait encore de l'espoir, serait-ce possible alors ?
Oh la Révolution des oranges pourries
Oh la Révolution des roses piétinées
Oh la Révolution des tulipes fanées.



 

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Mercredi 12 décembre 2007
par Quentin

Si j’avais à soutenir le droit que Kadhafi a de nous rendre visite, voici ce que je dirais:

La France n’arrivant pas à faire des affaires avec l’Algérie, il faut bien trouver un pays que l’on a pas colonisé.
Le Rafale serait trop cher si il n’y avait que des démocraties pour l’acheter.
Celui dont il s’agit est arabe depuis les pieds jusqu’à la tête ; et il a une tente si belle qu’il est impossible de penser qu’il puisse être mauvais.
On peut se mettre dans l’esprit que Sarkozy, qui est un être très sage, ne négocie avec une personne, surtout un chef d’Etat, que si cette personne est honnête.
Il est si naturel de penser que c’est les droits de l’homme qui constitue l’essence de l’humanité, que Nicolas Sarkozy, qui fait les gouvernements, a mis une femme jeune, belle, noire et intelligente pour défendre cette cause.
On ne peut juger de la moralité de quelqu’un que par la couleur de son argent qui, chez Khadafi, est particulièrement belle.
Une preuve que les anti Khadafi n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas des violations des droits de l’homme que des contrats commerciaux, qui, chez les nations policées, sont d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que Khadafi soit malhonnête ; parce que, si nous le supposions malhonnête, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes honnêtes.
De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait au peuple libyen. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des dirigeants de l’ONU, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de ce peuple opprimé ?

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