Tournoi des six nations (1/6)

Publié le par François

XV de France: fin de l'ère Madrange-Lustucru, retour au      gigot-haricot des familles

Comme réclamé par certains (parfois avec insistance, ce qui me fait plaisir), je vais m'épancher sur les tribulations de l'ovalie pendant la durée du tournoi des VI nations. Pour ceux qui ne sont pas du sérail, un simple rappel: le vénérable tournoi qui commence dimanche existe de puis l'hiver 1882-1883, lorsque Gallois, Ecossais, Irlandais et Anglais ont décidé de taquiner ensemble la vessie de porc qui servait de ballon à l'époque.
Pour rappel, le rugby n’était à l’époque qu’un sport d’aristocrates anglo-saxons décidés à se tirer la bourre sous d’apparentes règles… Et c’est à ce petit jeu que furent conviés les Français en 1910.

Le tournoi des V nations n’a véritablement acquis sa légitimité historique (celle qui a fait rêver des millions d’hommes et de jeunes garçons de part et d’autre du chanel) dans les années 1950 et 1960. Et comme toujours, c’est la sacro-sainte TV qui popularisa l’événement en diffusant les viles empoignades de ses gaillards aux tronches si peu cathodiques.

Auparavant, le rugby à XV avait failli mourir en France. En effet, de 1930 à 1939, la France fut exclue du tournoi pour « professionnalisme » et « brutalité ». Car, et c’est bien connu, il n’y a pas plus frileux en matière de coubertinisme et de fair-play que ces (très chers Lords britanniques. Toujours est-il que la fuite de ses biceps vers le rugby à XIII lui fut quasi-fatal.

Le tournoi, c’est du patrimoine, qui a infiniment plus de valeur viscérale que cette petite Coupe du monde pour nouveaux riches et sponsors. D’ailleurs, tous les Anglais vous le diront, ce qui se tient, le mondial étant une invention Française (et oui ma bonne dame). Enfin point de franchouillardises exacerbées ni de chauvinisme mal placé. Juste un constat, qui me permet de citer notre prof de dépêches François Grangié : « les Anglais, ils sont sympas, mais ils ne sont vraiment pas comme nous ». Tout est dit. 

Bon, j’arrive à l’équipe de France, enfin. Maintenant que les gens du nord de la Loire sont capables de citer au moins un joueur de rugby Français, ce qui n’était pas le cas il y a encore 15 ans si l’on excepte Serge Blanco, les Bleus intéressent tout le monde (enfin beaucoup de gens). Le profane qui regardera le match de dimanche contre l’Ecosse sera malgré tout très sûrement en manque de repères. Mais où est donc passé le petit chauve à lunettes qui enguirlande avé l’accent de Gaillac ses fiers colosses aux oreilles en « chou-fleur » ? Et où est son cerbère chevelu-barbu mangeur d’enfant ?
Et bien ils sont en exil mon bon monsieur. Le sieur Laporte apprend la politique avec Roselyne, et l’homme des cavernes s’en est retourné à ses études anglaises.
A la place, on découvrira un trio d’entraîneur. Marc Lièvremeont, un fils de militaire un peu rigide, aîné de 12 enfants; Emile Ntamack, la panthère toulousaine des années 1990, et Didier Retière, un obscur ex-talonneur qui a fait une thèse spéciale « fonDAmentaux » (à lire avec l’accent : touche et mêlée).
 

Plus de pub, fini notre secrétaire d’Etat à la pèche au jambon ou aux coquillettes, ou aux parts de casinos dans le sud-ouest. Dieu merci, il lui reste des vacances au Cap-Ferret, peut-être sans Sarko qui le délaissera pour une virée à Disneyworld avec Carla et les Balkany. Place aux jeunes, aux simples, aux laborieux, revanche de la terrine sur le jambon et de l’aligot sur les pâtes. 
Quant aux joueurs, point de Chabal, point de Dominici, point de Michalak… Charles Villeneuve est heureux, il n’aura pas à sous-traiter les matchs sur Eurosport, France Télévisions s’occupe de tout. Car notre immense service public va avoir le privilège de présenter aux nouveaux rugby-friendly la vie de François Trinh-Duc, de Julien Brugnaut, de Fulgence Ouedraogo et de Julien Malzieu… Trop sexy. 

D’ailleurs, trouvez le capitaine ? Lionel Nallet. Qui ? Lionel Nallet, l’homme sacrifié pendant la Coupe du monde sur l’hôtel de la Chabal-TF1-mania. Un deuxième ligne sans cheveux abondants mais avec des oreilles abîmées, des genoux cagneux, des os cassés. Et qui préfère les salades de doigt (comprenez des échanges entre joueurs peu anglo-saxons) aux paillettes, et les tartines à la guimauve de Thierry Gilardi. Bref, du poulet fermier, élevé au grain à Bourgoin-Jallieu (point commun avec Chabal) puis à Castres. Pas de maillot rose, pas de pom-pom girl, pas de calendrier. 

La revanche des modestes ? Enfin, quel mauvais esprit ! Le sport ne fait pas de politique, du moins pas dans le coubertiniste tournoi. Et c’est pour cela que, comme tous les ans et avec un plaisir toujours renouvelé, je vais me faire 4 heures 30 de télé-rugby ce week-end.

Ecosse-France, Dimanche à 16 heures sur France 2

P.S Je n'ai rien de personnel contre Sébastien Chabal, qui est par ailleurs un bon joueur et quelqu'un de bien, mais contre l'icône médiatique qu'on a fait de lui à des fins peu sportives.

P.S 2: carton rouge aux faiseurs de calendrier. En effet, le Top 14 continue pendant le tournoi. C'est ce qu'on appele un "doublon", ou une "connerie". Et oui, on marche sur la tête.

Publié dans Chroniques

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François 01/02/2008 16:47

effectivement, ça rejoint, mais là c'est plus développé et plus interessant

Louis 01/02/2008 16:06

Ouah l'escroc qui poste son texte d'émission de radio !
Bon, tout ça pour dire que vous pouvez écouter François dans ses oeuvres sur http://www.rsp.fm dans l'émission RSP Sport.
Et elle est bien ta kro-nique.